Ce jour-là, au poste-frontière de Tùng Vài, la célébration des anniversaires du mois d'août a une saveur particulière. Il y a les fleurs, le traditionnel gâteau, les vœux adressés aux soldats. Mais il y a aussi un au revoir.

Vàng Van Hoàng, l'un des «enfants adoptifs» du poste, s'apprête à entrer au collège-internat ethnique du district de Quan Ba à la rentrée prochaine.

Orphelin de père, Hoàng vivait avec sa mère et ses grands-parents maternels dans une modeste maison du hameau de Ta Van. Lorsqu’il était à l’école primaire, celle-ci n’était pas trop loin de chez lui. Mais après, lorsqu’il lui a fallu aller au collège, les choses ont commencé à devenir plus difficiles...

«Cette année, je rentre en cinquième. Ça fait donc presque deux ans que je vis au poste-frontière de Tùng Vài. Au début, j'étais complètement perdu, je ne savais pas vraiment quoi faire... Puis, petit à petit, le grand-frère Pao et les militaires m'ont appris, ils m'ont montré comment m'organiser. Quand je n'ai pas de devoirs, j'aide les militaires à ranger le poste et à effectuer certaines tâches. À l'école primaire, j'avais de bons résultats. En sixième aussi, ça allait plutôt bien. Alors maintenant, au collège-internat, je trouve que c’est un peu plus difficile...», nous raconte-t-il.

Sous ce même toit vit également Giàng Thành Pao, originaire du hameau de Tùng Vài Phin.

Ses parents se sont séparés peu après sa naissance et il a grandi auprès de ses grands-parents maternels. La pauvreté aurait pu mettre un terme à sa scolarité. Mais il y a plus de quatre ans, les soldats du poste-frontière sont venus jusque chez lui. Ils l'ont accueilli au poste et lui ont même offert un vélo pour qu'il puisse aller à l'école.

«Cela fait maintenant quatre ans que je vis ici. Au début, j'étais très nerveux, parce que je n'étais pas habitué à cette vie. Mais petit à petit, le poste est devenu ma maison. Ici, je participe avec les militaires aux travaux agricoles. On mange bien, on ne manque de rien. Et surtout, les militaires m'aident dans mes études. Quand il y a une leçon que je ne comprends pas, je leur demande, et ils prennent le temps de m'expliquer», nous dit-il.

Depuis 2018, le poste-frontière de Tùng Vài identifie les enfants orphelins ou issus de familles particulièrement défavorisées afin de leur venir en aide. Grâce aux programmes «Accompagner les enfants vers l'école - Enfants adoptifs du poste-frontière» et «Les militaires accompagnent les enfants vers l'école», 22 élèves bénéficient de ce soutien. Deux d'entre eux vivent au poste.

Pour le lieutenant-colonel Van Xuân Mên, commissaire politique adjoint du poste-frontière de Tùng Vài, l'objectif ne se limite pas à aider les enfants à rester sur les bancs de l'école.

«Au début, les enfants sont souvent très perdus. Mais, peu à peu, avec l'accompagnement des cadres et des soldats, ils prennent de bonnes habitudes. Nous leur apprenons aussi des compétences pour la vie quotidienne. Pour les études, nous travaillons en coordination avec l'école et nous leur apportons un soutien complémentaire afin qu'ils puissent progresser. Nous voulons leur donner des repères pour qu'une fois adultes, ils comprennent qu'il faut vivre de manière utile et responsable. Nous désignons des cadres chargés de les accompagner, aussi bien dans leurs études que dans la vie quotidienne. Nous restons également en contact permanent avec l'école pour suivre leurs résultats et leur comportement. Lorsqu'un enfant rencontre une difficulté ou commet une erreur, nous intervenons à temps pour l'aider à progresser. Nous participons aussi aux réunions de parents d'élèves, nous les accompagnons à l'école et nous tenons leurs familles informées», nous explique-t-il.

Le quotidien de ces «enfants adoptifs du poste-frontière» est réglé avec la précision d'une petite caserne, mais dans un cadre qui se veut avant tout bienveillant, comme nous l’assure le lieutenant-colonel Lê Dinh Trong, commissaire politique du poste-frontière de Tùng Vài.

«Chaque jour, après les cours, les enfants reviennent au poste et suivent un rythme proche de celui des jeunes militaires. Le matin, ils font de la gymnastique avant de partir en classe. L'après-midi, ils participent à des activités sportives et à des travaux agricoles. Le soir, les militaires les encadrent et les aident à faire leurs devoirs», nous précise-t-il.

À leur arrivée, beaucoup de ces enfants sont réservés, parfois désorientés par un environnement totalement nouveau. Il faut du temps, de la patience et une présence quotidienne pour les aider à trouver leur place.

Le commandant Vàng Van Sang, chef de la section de sensibilisation du poste-frontière de Tùng Vài, se souvient des premiers jours.

«Quand ils sont arrivés, les enfants étaient encore très timides. Ils ne savaient pas toujours quoi faire, comment s'intégrer à la vie du poste. Mais après environ un mois aux côtés des cadres et des soldats, ils ont commencé à prendre leurs repères. Au début, ils parlaient peu et ne savaient pas toujours comment saluer les adultes ou vivre en communauté. Les membres de notre section se sont relayés pour leur apprendre les gestes du quotidien. Aujourd'hui, ils sont beaucoup plus à l'aise, très sages, obéissants et ils participent volontiers aux travaux agricoles avec les soldats. Nous avons aussi établi un planning. Les lundis, mercredis et vendredis, deux membres de notre section sont chargés d'encadrer leurs études. Nous nous répartissons les tâches pour qu'ils puissent conserver un rythme régulier et ne soient jamais laissés seuls face à leurs difficultés», nous indique-t-il.

Avec les années, les résultats scolaires de Hoàng et de Pao se sont améliorés. Mais, pour les soldats de Tùng Vài, le changement le plus important est peut-être ailleurs: ces enfants ont recommencé à se projeter dans l'avenir.

«Grâce aux militaires, j'étudie mieux. J'espère continuer comme ça, réussir mes études, réaliser aussi ce qu'ils espèrent pour moi... Et, plus tard, j'aimerais devenir garde-frontière», nous confie Hoang.

«Moi aussi, plus tard, j'aimerais devenir militaire comme eux. Alors je vais faire de mon mieux pour bien étudier et, un jour, pouvoir leur rendre un peu de toute l'affection et de toute l'éducation qu'ils m'ont données», ajoute Pao.

À Tùng Vài, la brume continue de recouvrir les routes étroites qui serpentent entre les montagnes et les hameaux isolés. Mais, pour Hoàng, Pao et les autres enfants accueillis par le poste-frontière, l'avenir paraît désormais moins incertain.

Ces enfants, dont certains avaient failli quitter les bancs de l'école, grandissent aujourd'hui entourés d'une attention quotidienne et d'une discipline qui leur donne des repères.

Un jour, ils quitteront à leur tour le poste de Tùng Vài. Mais ils emporteront avec eux bien davantage que des années d'école: le souvenir d'une maison inattendue, et de soldats qui, en veillant sur la frontière, ont aussi choisi de veiller sur leurs rêves.