Dans son appartement du quartier de Hai Bà Trung, à Hanoï, Nguyên Van Hoa a vu les habitudes familiales évoluer au fil des années. Les réunions de famille sont toujours aussi nombreuses, mais les members sont souvent absorbés par leur écran.

«Je me rappelle qu’avant, quand il n’y avait pas encore les téléphones, tout le monde mangeait ensemble dans une ambiance joyeuse. On discutait, on échangeait. Aujourd’hui, avec toutes ces technologies, les enfants sont souvent absorbés par leurs écrans. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose», se souvient-il.

Sa solution n’a rien d’autoritaire: pendant les repas, les téléphones restent de côté. Une règle simple qui a progressivement changé l’atmosphère à table. Son fils, Nguyên Van Trung, reconnaît qu’il n’était pas convaincu au départ.

«Au début, je trouvais mon père un peu trop strict. Puis, au fil des repas, j’ai commencé à vraiment écouter les autres. J’ai remarqué des choses toutes simples: ce que ma mère avait acheté au marché, si mon père était fatigué ou de bonne humeur, ou encore comment s’était passée la journée de ma femme au travail», dit-il.

Des détails du quotidien qui paraissent insignifiants, mais qui révèlent souvent l’essentiel lorsqu’on prend le temps de s’écouter.

Le même constat s’impose chez Trân Dang Luu. En ce week-end d’été, il profite d’un moment privilégié avec sa fille, installée devant son piano.

«On passait de moins en moins de temps ensemble. Chacun avait son téléphone, ses occupations, ses appels ou ses jeux. Comme les enfants sont en vacances, j’ai décidé de consacrer davantage de temps à ma famille», explique-t-il.

Sa fille, Trân Diêu Anh, apprécie particulièrement ces instants.

«À la maison, les conversations avec mon père sont souvent sérieuses ou tournent autour des études. Quand on joue du piano ensemble, c’est différent. On peut rire, discuter librement et vraiment profiter de ce moment», dit-elle.

À mesure que les écrans gagnent du terrain, ces parenthèses familiales prennent une valeur nouvelle. Pour beaucoup, le défi consiste désormais à préserver des espaces de dialogue.

«Les parents et les enfants doivent se réserver du temps, que ce soit pendant les repas, en faisant du sport ou simplement devant la télévision. Si chacun reste sur son téléphone, les liens se distendent. Une famille a besoin de communication pour rester soudée», confie un père de famille.

«Après le repas, nous restons ensemble pour discuter, raconter notre journée, partager nos émotions. Cela renforce les liens entre les générations et améliore vraiment la vie familiale», ajoute une mère.

Les spécialistes rappellent que la famille demeure le premier lieu d’apprentissage des valeurs humaines. C’est là que se construisent les repères, le sens du respect et de la solidarité.

«La famille est la cellule fondamentale de la société. Sa stabilité contribue directement à celle de la communauté. Construire une famille heureuse n’est pas seulement une aspiration personnelle, c’est aussi une responsabilité citoyenne”, souligne une experte.

«L’environnement familial joue un rôle déterminant dans la formation de la personnalité et des valeurs morales. Une famille équilibrée favorise le développement harmonieux de chacun et contribue à former des citoyens capables de répondre aux défis du développement du pays», ajoute un autre.

À l’heure où la technologie peut créer de nouvelles formes d’éloignement au sein même du foyer, il existe toujours des gestes simples, mais qui permettent, jour après jour, d’entretenir ce qui fait la force d’une famille: l’attention portée à l’autre, l’affection et le sentiment d’appartenance.