C’est devenu une tradition. Dès l’aube, les pèlerins affluent. Direction le temple Supérieur, au sommet de la colline dédié aux rois Hùng, fondateurs de la nation. Officiellement, la fête a lieu le lendemain. Mais beaucoup choisissent d’arriver plus tôt, pour retrouver le calme avant la foule. Du Nord au Sud, jeunes et anciens marchent dans le même élan. Certains ont roulé toute la nuit.
«On est partis à minuit, on est arrivés vers cinq heures… Mais quand on voit ça, la fatigue disparaît.»
D’autres ont quitté leur maison avant le lever du jour...
«On est partis à quatre heures. En arrivant, j’ai vu tous ces gens qui attendaient, comme nous. Ça fait vraiment plaisir. J’ai hâte d’allumer de l’encens pour les rois Hùng.»
Et il y a ceux venus de loin, parfois de très loin.
«On vient de Huê. On revient sur la terre de nos pères, de nos ancêtres. Ça nous touche énormément… et on est fiers d’être là, pour offrir un bâtonnet d’encens»
Sur place, le site prend une autre dimension. Classé monument national, le temple des rois Hùng est à la fois un lieu de mémoire et un espace vivant. Le recueillement y côtoie l’effervescence d’une fête populaire.
Dans l’imaginaire vietnamien, tout le monde descend d’une même lignée - celle des cent œufs de la mère Âu Co. De ce récit fondateur est né ce sentiment d’appartenance commune, ce lien invisible qui traverse les générations.
«C’est la première fois que je viens. Il y a énormément de monde… mais on sent quelque chose de particulier chez les Vietnamiens: une vraie gratitude»
«Quand je regarde autour de moi, les regards, les sourires… peu importe l’ethnie, on est comme une seule famille»
Ce sentiment d’unité, patiemment tissé au fil du temps, dépasse les frontières. Parmi les pèlerins, de nombreux Vietnamiens de l’étranger, qui ont fait le déplacement. Gravir les marches menant jusqu’au temple Kinh Thiên, au sommet, devient pour eux un geste chargé de sens.
«Je me sens chanceux d’être ici, d’avoir pu monter jusqu’au sanctuaire et offrir de l’encens. Pour un Vietnamien de la diaspora, c’est un moment sacré»
«C’est un honneur d’être là, de rendre hommage aux rois Hùng, à ceux qui ont fondé le pays»
Leur présence dit beaucoup. Malgré la distance, le lien n’a pas rompu. Offrir un bâtonnet d’encens, ici, c’est affirmer une appartenance, une identité restée intacte.
Le Jour de culte des ancêtres n’est pas seulement celui d’un regard tourné vers le passé. Il rappelle aussi une responsabilité - celle de faire vivre un héritage. Comme le dit le proverbe: «L’homme a ses aïeux, comme l’arbre a ses racines, comme le fleuve a sa source.» Un rendez-vous annuel, devenu, au fil du temps, l’expression d’une mémoire collective toujours en mouvement.
