Si l'économie a conservé une dynamique favorable au cours des six premiers mois de l'année, les marges de manœuvre se réduisent. L'enjeu n'est donc plus seulement d'afficher des objectifs ambitieux, mais surtout de les traduire en résultats concrets.

Faire de la mise en œuvre un impératif

Le premier levier réside dans l'efficacité de l'action publique. Dans un contexte où les politiques budgétaire et monétaire disposent de marges d'intervention plus limitées, la rapidité d'exécution et la capacité des administrations à mettre en œuvre les décisions deviennent déterminantes.

L'investissement public demeure le principal moteur sur lequel mise le gouvernement. Nouveauté cette année, les objectifs de croissance ont été déclinés en indicateurs précis pour chaque province, plaçant les autorités locales au cœur de la stratégie nationale.

Lors de la conférence de bilan semestriel de la Direction nationale des grands ouvrages et projets stratégiques, organisée le 27 juin à Hanoï, le Premier ministre Lê Minh Hung a appelé les collectivités locales à faire de l'accélération des projets une priorité absolue.

«Les collectivités locales doivent agir avec la plus grande détermination au cours des six prochains mois. J'appelle les ministères, et tout particulièrement les dirigeants provinciaux, à considérer cette mission comme une priorité. Les projets d'investissement constituent une ressource essentielle dont disposent directement les collectivités. Elles doivent l'exploiter pleinement afin de contribuer à la croissance nationale», a-t-il souligné.

Au-delà de l'investissement public, l'exécutif entend également renforcer les autres moteurs traditionnels de la croissance, en particulier les exportations et la consommation intérieure. Dans un contexte de recomposition des échanges mondiaux, la diversification des marchés et le renforcement de la compétitivité des entreprises apparaissent plus que jamais indispensables.

À la fin du mois de juin, lors d'une réunion de travail avec le ministère de l'Industrie et du Commerce, le vice-Premier ministre permanent Pham Gia Tuc a demandé de poursuivre les réformes destinées à faciliter les exportations.

«Il est impératif de poursuivre la révision des politiques fiscales, des mécanismes de remboursement de la TVA et des procédures douanières afin de les adapter aux engagements internationaux du Vietnam. Nous devons également accélérer la modernisation des douanes, la transformation numérique et la simplification des procédures administratives, tout en renforçant les contrôles pour lutter contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle et les fraudes sur l'origine des marchandises», a-t-il précisé.

La demande intérieure reste elle aussi un pilier de la stratégie gouvernementale. Les mesures de soutien à la consommation, le développement du commerce électronique, la relance du tourisme et l'élargissement du marché domestique doivent permettre de soutenir l'activité des entreprises, de préserver l'emploi et de stimuler la croissance.

Un test grandeur nature

Les six derniers mois de l'année seront déterminants. La réussite dépendra de la capacité des pouvoirs publics à accélérer les réformes, lever les obstacles qui freinent les investissements et mobiliser l'ensemble des ressources disponibles.

Pour de nombreux économistes internationaux, le Vietnam conserve de solides atouts structurels pour maintenir une croissance soutenue à moyen et long terme. Selon Michael Kokalari, économiste en chef de VinaCapital, les investisseurs observeront moins le chiffre de 11,9% que la manière dont le pays s'efforcera d'atteindre cet objectif.

«Pour atteindre son objectif de croissance de 10% en 2026, le gouvernement vietnamien a augmenté de 40% les dépenses consacrées aux infrastructures, ce qui constitue une évolution très positive. Ces financements se traduisent concrètement par des projets d'investissement. Par ailleurs, le Vietnam reste l'un des rares pays à bénéficier d'un dividende démographique, qui devrait durer encore une dizaine d'années. Ces deux facteurs soutiendront durablement la croissance du pays», explique-t-il.

Atteindre une croissance de près de 12% au second semestre constituera un défi majeur dans un environnement international toujours incertain. Cette ambition mettra à l'épreuve la capacité du Vietnam à accélérer ses réformes, à améliorer l'efficacité de son action publique et à transformer ses atouts structurels en croissance durable. C'est sur ce terrain que sera véritablement jugée la crédibilité de sa stratégie de développement.