Une économie portée par plusieurs dynamiques favorables

Malgré les tensions géopolitiques et les à-coups des prix de l’énergie, l’économie vietnamienne tient le cap au premier trimestre. Les moteurs sont connus: exportations dynamiques, consommation intérieure robuste, investissements publics soutenus et afflux de capitaux étrangers. Les investissements directs étrangers réalisés atteignent leur plus haut niveau depuis cinq ans, confirmant l’attractivité du pays, notamment dans l’industrie manufacturière.

Le tourisme, lui aussi, repart fortement. Près de 6,76 millions de visiteurs internationaux ont été accueillis au cours des trois premiers mois de l’année, soit une hausse de 12,4% sur un an — un niveau inédit pour un premier trimestre.

Reste que ces performances ne suffisent pas à garantir l’objectif annuel. Avec une croissance autour de 7,8% en début d’année, les prochains trimestres devront accélérer nettement, au-delà même des 10%. C’est le cap fixé par le nouveau Premier ministre, Lê Minh Hung, lors de son discours d’investiture mardi 7 avril:

"L'objectif d'une croissance moyenne du PIB supérieure à 10% par an sur la période 2026-2031 est un impératif de développement pour concrétiser les objectifs stratégiques du pays. Le gouvernement identifie la science, la technologie, l'innovation et la transformation numérique comme la percée prioritaire, le principal moteur pour développer rapidement les forces productives modernes, améliorer la productivité, la compétitivité et l'autonomie stratégique, et créer de nouvelles dynamiques de croissance", a-t-il déclaré.

Les conditions pour atteindre une croissance à deux chiffres

Pour y parvenir, six axes stratégiques structurent la feuille de route du Vietnam:perfectionnement institutionnel, infrastructures modernisées, innovation, numérique, transition écologique et formation du capital humain. L'ambition est de rompre avec un modèle de croissance fondé sur le capital et la main-d'œuvre bon marché, au profit d'une économie tirée par la productivité et la technologie. Vu Thanh Huong, professeure associée à l’Université nationale de Hanoï, insiste sur deux priorités:

"Nous devons continuer à renforcer avec détermination l'autonomie de nos capacités de production et à développer les industries auxiliaires — c'est absolument essentiel. Ensuite, il y a la question de la maîtrise technologique, car la technologie est le fondement de l'innovation. Lorsque nous intégrons la technologie et l'innovation dans nos produits, la valeur ajoutée de ce que nous offrons sur le marché mondial augmente, ce qui permet d'accroître les bénéfices et d'améliorer les revenus des travailleurs du secteur exportateur", insiste-t-il.

Autre levier clé: le secteur privé. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue, sa capacité à innover et à monter en gamme sera déterminante, souligne le vice-ministre des Finances Cao Anh Tuân:

"L'objectif d'une croissance à deux chiffres n'est pas seulement une exigence de vitesse — c'est une exigence de transformation du modèle de développement et de renforcement de la compétitivité nationale. Au-delà de l'économique, l'enjeu est stratégique:il s'agit d'échapper au piège des revenus intermédiaires et de rejoindre, d'ici 2045, le cercle des nations développées à hauts revenus. Dans cette course, les entreprises vietnamiennes ne peuvent plus se contenter de suivre le mouvement — elles doivent le conduire, innover, et s'imposer sur la scène économique mondiale", souligne-t-il.

Autre moteur à ne pas sous-estimer: la consommation intérieure. Avec plus de cent millions d'habitants et une classe moyenne en pleine expansion, le marché domestique recèle un potentiel considérable. Des politiques de soutien à la demande, couplées à la stabilisation des revenus et de l'emploi, pourraient entretenir cette dynamique — et réduire, dans la foulée, la dépendance aux marchés extérieurs, dans un contexte commercial mondial semé d'embûches.

Au terme de ce premier trimestre, l’économie vietnamienne avance entre signaux encourageants et fragilités persistantes. Les prochains mois seront déterminants. À condition de mobiliser pleinement ses moteurs de croissance, d’améliorer encore l’environnement des affaires et de renforcer ses capacités internes, le pays peut espérer rendre atteignable l’objectif d’une croissance à deux chiffres — et, ce faisant, ouvrir la voie à une nouvelle phase de développement.