Un déplacement placé sous le signe de la diversification des partenariats, du multilatéralisme et de la recherche d’une plus grande marge de manœuvre dans un environnement international en recomposition.

La mission du dirigeant vietnamien aura ainsi mis en lumière trois axes de la diplomatie vietnamienne: un engagement accru en faveur du multilatéralisme, l’approfondissement des relations bilatérales et le renforcement de plusieurs partenariats stratégiques.

À l’ONU, le Vietnam veut prendre davantage part aux règles du jeu

Devant la plus grande tribune multilatérale de la planète, la présence du plus haut dirigeant vietnamien a porté un message clair: le Vietnam n'est pas un simple participant, mais un partenaire engagé, qui contribue et qui façonne l'agenda international.

Dans son discours à l’Assemblée générale, Tô Lâm a notamment défendu une gouvernance de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle «inclusive, sûre, transparente et responsable». Pour Hanoï, les nouvelles technologies doivent rester au service de l’humain, respecter la souveraineté des États, y compris leur souveraineté numérique, et laisser à chaque pays la possibilité de définir sa propre trajectoire de développement.

Le dirigeant vietnamien a également insisté sur la place des pays en développement dans l’élaboration des règles. Ceux-ci doivent, selon lui, pouvoir accéder aux infrastructures et aux compétences numériques, mais aussi bénéficier plus équitablement des avancées scientifiques et technologiques.

Tô Lâm a également réaffirmé l’engagement de notre pays dans les opérations de maintien de la paix des Nations unies. Lors d’un entretien avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, il a notamment annoncé que le Vietnam prendrait en charge, pendant dix ans, les locaux de travail des agences onusiennes à Hanoï, pour un montant estimé à 3 millions de dollars. Hanoï s’est également engagé à contribuer près de 1,3 million de dollars au financement des opérations de maintien de la paix et s’est dite prête à accueillir de grandes conférences internationales. Ces engagements illustrent une implication croissante du Vietnam dans les mécanismes multilatéraux, au-delà de son rôle traditionnel de bénéficiaire de l’aide internationale.

À New York, la signature de nouveaux programmes de coopération pour 2027-2031 avec le PNUD, l’UNICEF et le FNUAP est venue compléter cette séquence, en ouvrant une nouvelle étape de la coopération entre le Vietnam et les agences des Nations unies.

Ces résultats font écho à l’analyse de la porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, Pham Thu Hang, sur les récentes activités diplomatiques de haut niveau.

«La mise en œuvre de ces activités diplomatiques montre que le Vietnam a concrétisé sa politique étrangère, fondée sur l’ouverture, l’indépendance, l’autonomie et la résilience, ainsi que sur la paix et l’amitié, la diversification des partenariats et la multipolarité. Le Vietnam s’affirme comme un ami, un partenaire fiable et un membre responsable de la communauté internationale.

Le XIVᵉ Congrès national du Parti communiste vietnamien a également consacré le rôle pionnier et la mission stratégique et permanente de la diplomatie, afin qu’elle contribue de manière concrète et efficace aux objectifs de développement et de défense de notre pays. Dans cette perspective, la diplomatie et la coopération internationale doivent contribuer à mobiliser les ressources et les dynamiques nécessaires au développement du Vietnam et au renforcement de sa puissance nationale», a-t-elle déclaré.

Relations bilatérales: du substantiel avec Washington, un saut qualitatif avec Ottawa

Sur le plan bilatéral, les activités de Tô Lâm aux États-Unis, suivies de sa visite d’État au Canada, ont donné lieu à plusieurs avancées dans les relations du Vietnam avec ses deux partenaires.

Aux États-Unis, Tô Lâm a rencontré des responsables du commerce, des parlementaires, des représentants d’agences de développement ainsi que des dirigeants de grands groupes industriels et technologiques. Les échanges ont notamment porté sur l’avenir du partenariat stratégique global entre les deux pays et sur les relations commerciales. Alors que Washington cherche à réduire son déficit commercial avec le Vietnam, Hanoï a défendu un cadre d’échanges «réciproques et équitables», tout en cherchant à maintenir des conditions favorables aux investissements sur le long terme. Les discussions avec les entreprises américaines ont également porté sur les secteurs que le Vietnam souhaite développer: infrastructures numériques, centres de données, intelligence artificielle et transition énergétique. L’objectif affiché est d’attirer davantage d’investissements et de renforcer la participation du pays aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

Au-delà des questions économiques, les discussions avec les États-Unis ont également porté sur les dommages de guerre et sur la coopération parlementaire. Tô Lâm a par ailleurs prononcé un discours devant l’Association américaine de politique étrangère et reçu une distinction saluant sa contribution à la coopération internationale. À travers ces différentes séquences, le Vietnam a réaffirmé les principes qu’il met en avant dans sa politique étrangère: préserver son autonomie stratégique, respecter le régime politique de ses partenaires et favoriser la paix et la coopération internationales.

Au Canada, la visite d’État s’est traduite par une évolution du cadre des relations bilatérales. À Ottawa, le Vietnam et le Canada ont décidé d’établir un partenariat stratégique, après plus de cinquante ans de relations diplomatiques. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a qualifié cette visite d’«historique», en soulignant les enjeux auxquels sont confrontées les deux économies et, plus largement, la situation internationale.

«C’est une visite historique, à un moment charnière pour les économies de nos deux pays et pour le monde entier. Nous avons conclu des accords dans plusieurs domaines: l’énergie, qu’il s’agisse d’énergies propres ou conventionnelles, l’agriculture, la coopération en matière de défense et, surtout, les échanges entre les peuples. Il y a aussi de bonnes nouvelles pour ceux qui souhaitent voyager directement entre le Canada et le Vietnam, dans les deux sens. Et cela contribuera certainement à renforcer encore les liens culturels entre nos deux pays», a-t-il noté.

Pris dans son ensemble, ce déplacement a produit des résultats substantiels sur plusieurs volets. Il confirme la poursuite d’une politique étrangère souple et affirme l’image d’un Vietnam confiant et déterminé, engagé dans une nouvelle ère de développement en tant que partenaire fiable et membre responsable de la communauté internationale.