Cet accord marque un tournant dans les relations entre Washington et Téhéran, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle dynamique géopolitique dans la région.
Le mémorandum, également connu sous le nom de “mémorandum d’Islamabad” (le Pakistan ayant assuré la médiation principale avec le soutien du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et de l’Égypte) a été finalisé et signé à distance, par voie électronique, le 17 juin. L’accord a été conclu entre le président américain Donald Trump, alors présent au sommet du G7 en France, et son homologue iranien Masoud Pezeshkian. Des représentants des deux pays doivent poursuivre les discussions en Suisse ce vendredi 19 juin, lors d’une rencontre entre le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, afin de définir les prochaines étapes du processus de négociation.
Mettre fin à toutes les hostilités
Selon les détails publiés par l’administration américaine, le texte signé par les dirigeants américain et iranien comprend 14 points et vise à mettre un terme au conflit déclenché entre les deux parties depuis fin février 2026, tout en contribuant à l’apaisement des tensions au Moyen-Orient. L’accord prévoit notamment l’arrêt définitif des opérations militaires, des frappes aériennes et des affrontements sur l’ensemble des théâtres d’opérations, y compris ceux liés au Liban. Les deux parties se sont également entendues pour prolonger le cessez-le-feu de 60 jours afin de permettre la poursuite des négociations.
Un autre point majeur de l’accord prévoit la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz au trafic commercial international, garantissant la libre circulation des navires en toute sécurité, une mesure à laquelle l’Iran a consenti. En contrepartie, les États-Unis ont engagé le processus de levée complète, dans un délai de 30 jours, du blocus naval imposé aux ports iraniens. La réouverture de ce passage stratégique par lequel transitent près de 20% des exportations mondiales de pétrole et de gaz, est perçue comme un signal particulièrement positif pour l’économie mondiale. Depuis le déclenchement du conflit et la fermeture du détroit, les flux énergétiques internationaux ont subi des perturbations d’une ampleur inédite, fragilisant les perspectives de croissance et ravivant les tensions inflationnistes dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis. Donald Trump a lui-même reconnu que les inquiétudes liées aux répercussions économiques de cette crise avaient pesé dans la décision de conclure un accord avec Téhéran.
“La seule chose que je ne veux pas voir, c’est une catastrophe économique. Si la situation continue ainsi, cela pourrait tout à fait arriver. Ce que je constate, c’est qu’à chaque fois que nous parlons de paix, les marchés boursiers s’envolent littéralement. Ils ne font que monter”.
S’agissant du dossier nucléaire iranien, les deux parties sont convenues que, dans l’attente d’un accord définitif, l’Iran gèlerait son programme et en préserverait le status quo, sans procéder à un nouvel enrichissement d’uranium à haut niveau. En contrepartie, les États-Unis se sont engagés à ne pas instaurer de nouvelles sanctions et à ne pas renforcer leur dispositif militaire dans la région.
Le texte aborde également les volets financiers, prévoyant notamment le dégel d’environ 25 milliards de dollars d’avoirs iraniens bloqués à l’étranger, ainsi que la création envisagée d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à l’investissement et à la reconstruction de l’Iran, accompagné d’un calendrier d’allègement progressif des sanctions économiques américaines.
Les défis...
La signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient, a été largement saluée par la communauté internationale. Mais pour les observateurs, il ne s’agit que d’une première étape, le processus restant jalonné de défis majeurs au cours des 60 prochains jours.
Le premier d’entre eux concerne Israël et le front libanais. Bien qu’Israël ait combattu aux côtés des États-Unis contre l’Iran, il n’est pas signataire de l’accord. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a d’ailleurs estimé qu’il s’agissait d’une décision relevant exclusivement du président Donald Trump, rappelant qu’Israël poursuivait ses propres impératifs de sécurité. Dans ce contexte, la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban fait craindre une nouvelle escalade susceptible de remettre en cause l’engagement central du mémorandum: la fin des hostilités sur l’ensemble des fronts.
Le principal défi à venir concerne également le dossier nucléaire. Le délai de 60 jours pourrait s’avérer insuffisant pour permettre aux deux parties de parvenir à un compromis sur un sujet hautement sensible, en suspens depuis plus d’une décennie. Le professeur associé Andreas Krieg, de l’École des Études de Sécurité du King’s College de Londres (Royaume-Uni), estime:
“Le principal défi de l’accord nucléaire ne réside pas dans l’objectif général mais dans ses détails de mise en œuvre. Sur le principe, les deux parties s’accordent sur un point central: l’Iran ne doit pas devenir une puissance dotée de l’arme nucléaire, et leurs engagements en ce sens apparaissent solides. En revanche, plusieurs questions restent en suspens, à commencer par le niveau d’enrichissement de l’uranium qui sera autorisé. S’y ajoutent les enjeux liés aux mécanismes de contrôle, de suivi et de vérification de l’accord. Reste enfin une question clé non résolue: que deviendra l’uranium déjà enrichi à un niveau élevé en Iran? Qui en assurera la supervision? Quelle quantité l’Iran pourra-t-il conserver? Et, à défaut, où sera-t-il transféré?”.
Pour l’administration du président Donald Trump, la pression politique intérieure représente également un défi de taille. Plusieurs responsables américains critiquent les dispositions financières de l’accord, qu’ils jugent trop favorables à l’Iran, et demandent que le texte soit soumis à un vote au Congrès. Le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, a déclaré:
“On en revient à la situation qui existait avant le début du conflit, à cette différence près que nous sommes aujourd’hui en position plus faible, tandis que l’Iran semble renforcé. Une chose est toutefois sûre: le président doit se présenter devant le Congrès, ce qu’il n’a pas réussi à faire jusqu’ici, que ce soit pour poursuivre la guerre ou pour conclure un accord de paix”.
Au-delà de ces enjeux, les défis techniques dans le détroit d’Ormuz constituent un obstacle majeur, notamment les opérations de déminage et l’élimination des obstacles laissés par le conflit. Autre point sensible: l’absence de mécanismes de contrôle robustes. Le mémorandum prévoit bien un dispositif de coordination conjoint, mais il reste dépourvu de clauses de sanction suffisamment dissuasives en cas de violation par l’une des parties. Dans un contexte de forte méfiance entre Washington et Téhéran, le moindre incident en mer ou la plus petite accusation de manquement pourrait ainsi suffire à faire basculer l’accord.
