De la directive n°34 du Secrétariat du Parti sur le renforcement de la direction du Parti du développement du logement social, au programme gouvernemental visant la construction d’au moins un million de logements sociaux pour les ménages modestes et les ouvriers des zones industrielles d’ici 2030, en passant par les nouvelles orientations sur le logement locatif, c’est toute une architecture politique qui se met progressivement en place.

Du droit de propriété au droit au logement

Cette nouvelle orientation commence déjà à se traduire concrètement. À ce jour, le programme de construction d’un million de logements sociaux a atteint près de 72,5% de son objectif. Mais les besoins restent immenses. Selon le ministère de la Construction, la demande en logements locatifs dépassera 71.000 unités au cours des cinq prochaines années, alors que le pays ne dispose actuellement que d’environ 42.000 logements sociaux destinés à la location.

Au-delà des chiffres, c’est une nouvelle manière de penser le logement qui émerge. Le logement n’est plus seulement considéré comme un bien patrimonial ou un investissement familial. Il devient un enjeu structurant de développement économique, de cohésion sociale et d’aménagement urbain.

Le secrétaire général du Parti communiste et président vietnamien, Tô Lâm, l’a rappelé en des termes très clairs:

«La politique du logement, à cette nouvelle étape, doit être pensée avec une nouvelle approche, pour garantir à chacun un toit. C’est un objectif essentiel. Un logement est fait pour y vivre, pas pour faire du commerce ni accumuler du patrimoine. Il faut contrôler strictement les bénéficiaires de ces politiques, ainsi que les mécanismes d’achat et de vente, afin d’éviter toute spéculation et tout détournement à des fins lucratives», partage-t-il.

Le message est sans ambiguïté: le logement doit d’abord répondre à un besoin de vie, et non devenir un actif spéculatif. Cette évolution marque un changement profond. Désormais, le logement est aussi envisagé comme un levier de sécurité sociale, de stabilité urbaine et de développement durable.

Le Premier ministre, Lê Minh Hung, insiste lui aussi sur cette transformation:

«Nous devons réfléchir très sérieusement à la transition entre une logique de propriété et une logique de droit au logement. Concrètement, si une personne n’a pas encore les moyens d’acheter, elle doit pouvoir accéder à une offre locative stable, sur le long terme, à un prix raisonnable. C’est un changement profond de mentalité, de manière de penser et d’aborder cette question, tout en poursuivant bien sûr le développement du logement commercial. Le ministère de la Construction devra revoir prochainement la Loi sur le logement. On ne parlera plus uniquement de logement social, mais de plusieurs segments distincts: logement commercial à la vente, logement à vocation sociale, logement de fonction et logement locatif. Et au sein même du logement commercial, il faudra prévoir différentes gammes adaptées aux besoins et aux revenus de chacun», dit-il.

Autrement dit, l’objectif n’est plus de pousser coûte que coûte à l’accession à la propriété, mais d’offrir un éventail de solutions adaptées à la diversité des situations. Une approche déjà largement adoptée dans de nombreux pays développés.

Le logement locatif, nouveau pilier du modèle

Si ce changement de philosophie constitue la base, le développement du logement locatif en est la traduction la plus concrète. Dans les nouvelles orientations, la location n’est plus pensée comme une solution temporaire ou secondaire. Elle devient un pilier stratégique du système de logement de demain. Tô Lâm fixe clairement cette direction:

«D’ici 2030, le logement à la vente restera nécessaire, mais le logement locatif devra s’affirmer comme un pilier stratégique, en particulier dans les grandes villes, les zones industrielles attirant une main-d’œuvre venue d’ailleurs, ainsi que dans les territoires où les prix immobiliers dépassent largement les revenus de la population. Il faut rééquilibrer la structure de l’offre, créer des conditions favorables pour les investisseurs du logement locatif et mettre en place des politiques capables d’accélérer le développement de ce marché», déclare-t-il.

Hanoï figure parmi les premières villes à concrétiser cette orientation. Dès ce mois de juin, la capitale prévoit de lancer sept projets représentant environ 6.300 logements, dont plus de 1.000 destinés à la location. Le 22 juin, trois grands projets ont déjà été lancés simultanément.

Ces projets dépassent la simple logique immobilière. Ils servent aussi de laboratoire grandeur nature pour tester un nouveau modèle urbain.

«L’objectif de la ville est de faire émerger progressivement un marché locatif professionnel, de qualité et accessible, afin de réduire la pression liée à l’obsession de la propriété. Nous voulons bâtir un marché immobilier plus sain, plus durable, en phase avec les tendances internationales. À l’avenir, les zones de logement locatif seront planifiées en cohérence avec les lignes de métro, les pôles d’emploi, les établissements scolaires, les structures de santé et les services publics, afin de créer des communautés urbaines modernes, pratiques et mieux organisées», précise Vu Dai Thang, président du Comité populaire de Hanoï.

Ce qui se dessine aujourd’hui au Vietnam dépasse donc la seule question du logement. À travers cette nouvelle politique, le pays pose les bases d’une urbanisation plus durable et plus équilibrée, avec une ambition: permettre à chaque citoyen, quels que soient ses revenus, d’accéder à un logement stable et adapté à ses besoins.