C'est autour de cette ambition que se sont structurés les débats de la première session de l’Assemblée nationale, XVIe legislature en cours à Hanoï. Un cap jugé nécessaire par le gouvernement, mais qui suppose des réformes profondes dont les contours restent, pour l'heure, à préciser.
Dans l'ensemble, les députés ont approuvé les grandes orientations soumises par l'exécutif. Le plan couvre plusieurs chantiers simultanés: révision du modèle de croissance, perfectionnement institutionnel, renforcement de la coopération interrégionale, intégration dans des chaînes de valeur, et optimisation de l'investissement public.
Débloquer les verrous institutionnels
Sur ce point, le consensus est large parmi les parlementaires: la réforme des institutions est la condition première de tout décollage économique. Décentralisation vers les collectivités locales, simplification des procédures administratives, sécurité juridique pour les entreprises — autant de chantiers jugés urgents.
"Il faut changer profondément la posture de l'État: passer du contrôle des entreprises à l'accompagnement. Réduire les risques juridiques. Et mettre en place des mécanismes concrets pour que les PME puissent accéder au capital, au foncier, et s'intégrer dans les chaînes de valeur. Les procédures administratives doivent encore être simplifiées", a proposé Trinh Xuân An, député de la province de Dông Nai.
Le secteur privé, pourtant désigné comme pilier central de l'économie vietnamienne, évolue encore dans un cadre institutionnel jugé inadapté à son rôle. Il reste largement absent des secteurs stratégiques — hautes technologies, infrastructures — où son potentiel d'entraînement demeure inexploité. Pham Trong Nhân, député de Hô Chi Minh-Ville, a plaidé pour une réponse législative d'envergure:
"Je propose que l'Assemblée nationale inscrive à son programme législatif une loi-cadre fondatrice: une loi garantissant les droits au développement du secteur privé. Elle reposerait sur trois piliers. Premier pilier: inscrire dans la loi le principe d'égalité réelle et cohérente entre toutes les composantes économiques — en matière foncière, de crédit, d'accès au marché. Deuxième pilier: établir une zone de sécurité juridique pour les activités productives, protéger les droits de propriété dans la durée, et limiter au maximum les risques liés aux changements de politique. Troisième pilier: créer un mécanisme de suivi, par le biais d'un rapport annuel du gouvernement devant l'Assemblée nationale, sur la mise en œuvre des droits du secteur privé", a-t-il déclaré.
Changer de modèle: de l'extensif à l'intensif
L'objectif d'une croissance à deux chiffres entre 2026 et 2030 est reconnu comme ambitieux — voire difficile — mais présenté comme incontournable. Pour le vice-Premier ministre Nguyên Van Thang, il n'existe pas d'autre voie que de transformer en profondeur la structure même de l'économie. La stabilité macroéconomique reste, dans ce cadre, le prérequis absolu. Il a détaillé la feuille de route gouvernementale devant les députés:
"Le nouveau modèle de croissance doit reposer sur des institutions modernes et compétitives, une culture de l'innovation ancrée dans toute la société, et une allocation efficace des ressources. C'est pourquoi le gouvernement a soumis à l'Assemblée onze groupes de mesures prioritaires pour la période 2026-2030, soit 92 tâches concrètes, dont certaines à mettre en œuvre dès cette année. L'axe central: faire de la science, de la technologie et de la transformation numérique les principaux moteurs du développement. Et développer de nouveaux relais de croissance — économie des données, économie numérique, économie verte, économie circulaire. Le gouvernement entend aussi mobiliser pleinement le potentiel du pays, en particulier dans cette première phase, avant que les investissements en innovation et en numérique ne produisent leurs effets. Enfin, tous les secteurs — public, privé, investissements étrangers — doivent jouer leur rôle, sur la base d'une concurrence équitable et d'une intégration dans les chaînes de valeur", précise-t-il.
Mais la croissance à deux chiffres ne suffit pas en elle-même — encore faut-il qu'elle soit durable. Ta Thi Yên, députée de la province de Diên Biên, a mis en garde contre la tentation de reconduire les recettes du passé:
"Si l'on continue à miser sur le capital, les ressources naturelles et une main-d'œuvre bon marché, on n'atteindra pas les objectifs — et la croissance ne sera pas soutenable. Il faut pivoter vers une croissance tirée par la productivité, l'innovation et la valeur ajoutée. Le numérique, le vert, le circulaire — et les opportunités offertes par la quatrième révolution industrielle — doivent être au cœur du modèle", a-t-elle expliqué.
Le gouvernement s'est fixé des cibles précises: une croissance du PIB d'au moins 10% dès 2026, maintenue sur l'ensemble de la période 2026-2030; un PIB par habitant de 8.500 dollars en 2030, soit 1,7 fois celui de 2025. L'horizon reste 2045 — date à laquelle le Vietnam entend figurer parmi les économies développées et à hauts revenus d'Asie. Un cap lointain, mais qui structure déjà les choix d'aujourd'hui.
