Le terme tứ bình désigne un ensemble de quatre panneaux verticaux représentant les quatre saisons de l’année. Le printemps est associé aux fleurs de prunier, de pêcher ou d’orchidée, souvent accompagnées d’oiseaux majestueux comme le paon. L’été met en scène le bambou, le lotus, la rose ou le grenadier, souvent aussi avec le paon. L’automne est symbolisé par le chrysanthème ou l’hibiscus avec le coq, tandis que l’hiver est représenté par le pin, fréquemment associé à la grue.

Selon l’artisan émérite Lê Dinh Nghiên, les tableaux tứ bình incarnent les couleurs et l’esprit de l’art populaire vietnamien.

«Ces quatre tableaux transmettent des souhaits de longévité, d’amour durable, de descendance prospère, de santé, de réussite et de bonheur pour toute la famille», explique-t-il.

Traditionnellement, ces tableaux sont exposés dans les maisons à l’occasion du Nouvel An lunaire. Leurs couleurs éclatantes illuminent les intérieurs et symbolisent le renouveau. Leur disposition obéit à un ordre précis correspondant au cycle des saisons, un ordre influencé par l’écriture chinoise classique. Aussi ces panneaux verticaux sont-ils disposés de droite à gauche: le printemps à l’extrême droite, suivi de l’été, de l’automne et enfin de l’hiver à l’extrême gauche. Ils sont généralement placés dans le salon ou le bureau, idéalement orientés vers le sud.

Ces tableaux sont souvent accompagnés de poèmes ou d’inscriptions calligraphiées qui célèbrent la beauté de la nature, transmettent des enseignements moraux ou expriment une philosophie de vie fondée sur l’équilibre et l’harmonie. Ces œuvres renferment à la fois savoir et émotion, ce qui leur confère une valeur particulière et en fait des présents appréciés.

Le nom tứ bình repose également sur un subtil jeu d’homophonie. Le terme bình renvoie à deux caractères chinois distincts, tous deux prononcés bình en vietnamien d'origine savante: l'un signifie «vase», l'autre «paix» ou «harmonie».

Beaucoup confondent les tableaux tứ bình avec les tableaux tứ quý, qui signifient littéralement «quatre choses précieuses». Pourtant, les deux genres se distinguent clairement. Les panneaux tứ bình représentent généralement des vases ou des plateaux contenant les fleurs et plantes caractéristiques des saisons, souvent accompagnés de textes calligraphiés. Les œuvres tứ quý mettent quant à elles directement en scène des végétaux ou des animaux symboliques, tels que le pin, le bambou, le chrysanthème ou le prunier, associés aux vertus du lettré.

Le Musée des Beaux-Arts du Vietnam à Hanoï conserve actuellement près de 2.500 œuvres d’imagerie populaire, dont une centaine de séries tứ bình, comme l’indique son directeur, Nguyên Anh Minh.

«Ces tableaux constituent un trésor culturel dont la valeur dépasse largement l’esthétique. Propres au Vietnam, ils véhiculent une vision humaniste de la vie, fondée sur l’éducation, l’amour et le respect des valeurs traditionnelles», souligne-t-il.

Aujourd’hui encore, l’art des tứ bình continue d’évoluer. Il renvoie désormais à tout ensemble de quatre œuvres formant une unité thématique et visuelle. Les motifs traditionnels sont reproduits sur divers supports tels que la céramique, le bois ou le bronze. Malgré ces évolutions, leur portée symbolique demeure intacte. Ces œuvres continuent de transmettre les valeurs culturelles, esthétiques et humanistes qui font la richesse du patrimoine vietnamien.