Mais au-delà de sa dimension géographique et stratégique, cette terre de montagnes abrite un patrimoine historique et culturel singulier, façonné par les communautés ethniques qui y vivent. Ici, développement économique, tourisme et préservation des traditions avancent de concert.

Après une longue route serpentant à travers les reliefs, le mât de la souveraineté d’A Pa Chai apparaît dans la brume et la pluie fine des montagnes. Les visiteurs poursuivent ensuite leur ascension par un escalier de 519 marches épousant la pente de la colline. Le chiffre 19, qui clôt ce décompte symbolique, renvoie aux 19 groupes ethniques vivant dans la province de Diên Biên.

Au fil de la montée, les chaînes montagneuses se dévoilent dans toute leur majesté. Arrivé au sommet, face au drapeau national flottant dans le vent, chacun éprouve un profond sentiment de fierté. Trân Minh Truc, venu de Hô Chi Minh-Ville, confie:

«C’est la première fois que je viens à A Pa Chai et il m’est difficile d’exprimer toute la fierté que l’on ressent en atteignant ce point d’extrême ouest de notre pays. Les paysages sont magnifiques, avec des montagnes à perte de vue. Au pied de ce mât chargé d’une forte dimension symbolique, on mesure combien notre pays est précieux et combien chacun doit contribuer, à sa manière, à son développement.»

Construit en 2023 dans la commune de Sin Thâu, le mât d’A Pa Chai culmine à 1.459 mètres d’altitude, à un peu plus de 1,3 kilomètre du point de jonction des frontières du Vietnam, du Laos et de la Chine.

Vu du ciel, son esplanade de 407 m² évoque une fleur de bauhinia, emblème végétal du Nord-Ouest vietnamien. Le drapeau qui y flotte couvre une superficie de 37,5 m², une référence symbolique à la date du 7 mai, anniversaire de la victoire de Diên Biên Phu.

Au pied de l’ouvrage, cinq bas-reliefs retracent les origines du pays et mettent en scène la vie quotidienne, les croyances, les traditions et les expressions artistiques des populations locales. L’un d’eux représente le Président Hô Chi Minh aux côtés des habitants du Nord-Ouest, en hommage aux liens de solidarité qui les unissent.

Au-delà de sa fonction symbolique de marqueur territorial, le site se veut également un lieu de transmission culturelle, comme l’explique le major Dinh Quôc Tâp, commissaire politique adjoint du poste-frontière d’A Pa Chai.

«Le mât d’A Pa Chai a d’abord été construit pour affirmer la souveraineté territoriale sacrée du pays. Il constitue également un outil de transmission du patriotisme aux jeunes générations. Enfin, il contribue à préserver et à valoriser le patrimoine culturel du Nord-Ouest en général et de Diên Biên en particulier, tout en soutenant le développement touristique et l’amélioration des conditions de vie des habitants des zones frontalières», indique-t-il.

À une dizaine de kilomètres du site, dans une maison traditionnelle en pisé, Chu Khai Phù s’apprête à quitter son foyer après avoir confié quelques consignes à son épouse.

Lorsque le tourisme a commencé à se développer dans la région, les capacités d’hébergement restaient limitées. En 2022, le couple a décidé d’emprunter de l’argent, de se former et de transformer progressivement son habitation en maison d’hôtes.

Aujourd’hui, leur établissement accueille les voyageurs venus découvrir l’extrême ouest du pays et leur permet de s’immerger dans la culture Hà Nhi.

«Après avoir étudié la situation, toute la famille a décidé de créer un homestay afin que les visiteurs disposent d’un lieu où dormir et se restaurer lorsqu’ils viennent voir le mât de la souveraineté, les bornes frontières et le point le plus occidental du Vietnam. Nous proposons principalement l’hébergement, mais aussi des spécialités locales, comme le porc fumé sauté aux légumes marinés, le porc élevé en liberté et d’autres plats traditionnels de notre communauté, afin que les visiteurs puissent découvrir la gastronomie locale», raconte Chu Khai Phù.

À A Pa Chai, les habitants Hà Nhi accordent une attention particulière à la préservation de leur identité culturelle. L’artisanat du tressage, la confection des costumes traditionnels reconnus comme patrimoine culturel immatériel national, chants et danses communautaires témoignent d’un attachement profond à cet héritage.

Dans la commune de Sin Thâu, la pratique artistique demeure particulièrement dynamique. Presque chaque village possède sa propre troupe culturelle.

Lo So Pu en fait partie.

«Après le travail, nous nous retrouvons parfois le soir pour répéter les danses traditionnelles. Nous nous produisons lors du Nouvel An traditionnel Hà Nhi et nous accueillons également les visiteurs à travers des échanges culturels. Nos danses évoquent notamment le travail agricole et la vie quotidienne. Nous sommes très heureux lorsque des touristes viennent nous rendre visite», confie-t-elle.

Se rendre à A Pa Chai, ce n’est pas seulement atteindre l’un des points les plus reculés du territoire vietnamien. C’est aussi découvrir une région où la conscience des frontières se conjugue avec la richesse des cultures locales. Entre paysages grandioses, mémoire nationale et traditions vivantes, cette terre de l’extrême ouest offre un autre visage de Diên Biên, et du Vietnam en général.