Depuis l’adoption de la loi sur l’investissement étranger en 1987, les IDE ont largement contribué à la transformation économique du pays. Mais une nouvelle étape s’ouvre. Conformément à la résolutiongouvernementale No 50 de 2019, l’enjeu n’est plus de multiplier les projets, mais de sélectionner ceux qui apportent une véritable valeur ajoutée à l’économie nationale.
«Nous passons à une stratégie d'IDE de nouvelle génération. Il ne s’agit plus seulement d’attirer des capitaux, mais aussi la technologie qui les accompagne, et surtout de créer de vraies synergies entre les entreprises étrangères et les entreprises vietnamiennes. L’objectif est de faire monter en compétence nos entreprises, nos travailleurs, et, à terme, toute notre économie», explique Hoàng Van Cuong, membre de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale.
Pour y parvenir, le Vietnam mise sur plusieurs leviers: la poursuite des réformes institutionnelles afin de renforcer la confiance des investisseurs, une politique de sélection plus rigoureuse des projets, le développement des infrastructures énergétiques et numériques, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs de pointe, ainsi que la promotion des investissements verts et innovants.
Cette stratégie a été réaffirmée lors du Forum «Le pont pour le développement du Vietnam 2026».
«Pour le Vietnam, la période actuelle représente à la fois un défi et une opportunité exceptionnelle de redéfinir sa place dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. Notre modèle de croissance évolue. Il reposera davantage sur la science, la technologie, l’innovation, la transformation numérique, la transition verte et le développement du secteur privé», a souligné le vice-Premier ministre Nguyên Van Thang.
Cette réorientation intervient dans un contexte de concurrence accrue entre les pays pour attirer les capitaux internationaux. Les entreprises réorganisent leurs chaînes de production et leurs investissements en privilégiant des pays considérés comme politiquement fiables «friend-shoring» ou géographiquement proches de leurs marchés «near-shoring». Dans le même temps, les exigences liées à la transition écologique et à la maîtrise des technologies avancées se renforcent. Dans ce contexte, le pays entend ainsi rendre l’environnement des affaires plus compétitif tout en clarifiant ses priorités stratégiques. Pour Bùi Thu Thuy, directrice adjointe du Département des investissements étrangers au ministère des Finances, les apports étrangers doivent être considérés comme un catalyseur du développement national, et non comme un substitut aux dynamiques internes de l'économie.
«Nous voulons que les IDE apportent bien davantage que des capitaux: des connaissances, des technologies, de nouvelles méthodes de gestion et de nouveaux standards. Dans la stratégie que nous préparons, le Vietnam ne doit pas être simplement une destination d’investissement, mais un acteur qui compte dans les chaînes de valeur mondiales. Nous ne recherchons plus des investissements tous azimuts. Nous privilégions des projets ciblés, fondés sur la technologie et les secteurs stratégiques. Et nous attendons d’eux qu’ils contribuent progressivement au transfert de technologies et au renforcement des capacités des entreprises vietnamiennes», souligne-t-elle.
La feuille de route est déjà tracée. D’ici à 2030, le Vietnam entend améliorer la qualité des IDE et augmenter la part des valeurs créées localement dans la production. Entre 2035 et 2045, l’objectif est de devenir un pôle technologique régional capable d’attirer des investissements orientés vers la recherche, le développement et l’innovation.
Cette stratégie s’articule autour de trois étapes: d’abord, entre 2025 et 2030, renforcer le cadre institutionnel et attirer des projets à forte intensité technologique; puis, entre 2031 et 2035, progresser dans les chaînes de valeur mondiales; enfin, entre 2036 et 2045, développer un écosystème d’innovation performant, à la hauteur des ambitions d’une économie avancée.
Pour soutenir cette transformation, le gouvernement a déjà engagé plusieurs réformes, comme l’a rappelé le vice-Premier ministre Nguyên Van Thang.
«Nous poursuivons de manière résolue les réformes institutionnelles et l’amélioration de l’environnement des affaires, avec un changement de logique: passer du contrôle au service du développement. Nous continuerons à simplifier les procédures administratives, à renforcer la décentralisation tout en améliorant les mécanismes de supervision, à accélérer la numérisation et le déploiement du guichet unique, ainsi qu’à garantir davantage de transparence, de stabilité et de prévisibilité dans les politiques publiques. Nous accordons également la priorité aux projets liés aux semi-conducteurs, à l’électronique, à l’intelligence artificielle, aux données, aux biotechnologies, à la pharmacie, aux énergies propres, aux nouveaux matériaux, à la logistique moderne, aux services financiers et aux autres secteurs technologiques stratégiques», a-t-il précisé.
Alors que le Vietnam affiche désormais l’ambition d’atteindre une croissance à deux chiffres, cette nouvelle génération d’IDE apparaît comme l’un des piliers de sa stratégie de développement. L’objectif est d’attirer davantage de projets capables de transformer durablement l’économie, de diffuser l’innovation et d’ancrer le pays dans les segments les plus avancés de la production mondiale.
