Jusqu’à présent, les plans d’aménagement de Hanoï s’inscrivaient sur des périodes de dix à trente ans. Cette projection sur un siècle marque donc une rupture. La capitale choisit désormais de penser son développement sur le long terme, avec une vision stratégique destinée aux générations futures.

Pour Vu Dai Thang, président du Comité populaire de Hanoï, ce changement repose sur un cadre politique et juridique renouvelé.

«La résolution du Bureau politique a fixé les grandes orientations stratégiques pour permettre à Hanoï de jouer pleinement son rôle de centre politique et administratif du pays, mais aussi de moteur de croissance pour le delta du fleuve Rouge et pour l’ensemble du Vietnam. La loi sur la Capitale, adoptée en 2026, crée un nouveau cadre juridique, avec davantage de décentralisation et des mécanismes spécifiques qui donnent à la ville plus d’autonomie pour mobiliser des ressources, développer ses infrastructures et conduire ses projets stratégiques. C’est un avantage majeur pour Hanoï. Cela permet aussi de renforcer la gouvernance, d’améliorer la gestion, de raccourcir les délais de préparation des investissements, de réduire les coûts administratifs et de bâtir un environnement d’investissement plus stable, plus transparent et plus prévisible», précise-t-il.

Le nouveau plan repose sur un modèle urbain qualifié de «multi-niveaux, multi-couches, multi-pôles et multi-centres». Le fleuve Rouge en devient l’axe structurant, à la fois paysager, écologique et culturel.

Hanoï s’organisera autour de neuf pôles de développement, neuf grands centres et neuf axes stratégiques. L’objectif est de mieux articuler urbanisme, infrastructures, développement économique, environnement et gouvernance.

La ville souhaite aussi changer de modèle de croissance: moins d’expansion extensive, davantage de développement qualitatif, fondé sur le savoir, la technologie et l’innovation.

«Nous avons choisi de faire des infrastructures le moteur de l’aménagement du territoire. Nous renforçons les infrastructures structurantes avec de nouvelles lignes de métro urbain, tout en poursuivant les axes radiaux et périphériques. C’est une traduction concrète de cette logique multi-niveaux et multi-couches. Autre nouveauté: nous avons intégré l’espace à basse altitude dans ce plan. Cette économie dite de basse altitude couvre un espace contrôlé jusqu’à 1.000 mètres, destiné notamment à des usages comme les drones ou, à terme, les taxis volants», explique Nguyên Trong Ky Anh, directeur du Service de l’urbanisme et de l’architecture de Hanoï.

Le plan accorde une place centrale aux infrastructures de transport stratégiques et au développement urbain structuré autour des transports publics, selon le modèle TOD (Transit-Oriented Development). Les investissements prioritaires viseront également les hautes technologies, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les centres de données, la logistique intelligente, les énergies propres et l’économie circulaire. Les industries culturelles, le tourisme, ainsi que les secteurs de la santé et de l’éducation figurent aussi parmi les priorités.

«Ce plan s’inscrit dans le cadre de la résolution n°57 du Bureau politique sur les percées en matière de science, de technologie, d’innovation et de transformation numérique. Hanoï y intègre une forte dimension d’économie numérique, qui se traduira notamment par une gestion numérisée des données dans l’aménagement du territoire et le développement socio-économique. La ville développera également son espace selon ce principe: “la forêt dans la ville, la ville dans la forêt; le village dans la ville, la ville dans le village”. Cela traduit une volonté de développement harmonieux entre espaces urbains et ruraux», poursuit Nguyên Trong Ky Anh.

Pour concrétiser cette vision, Hanoï mise sur trois leviers: consolider le cadre institutionnel, développer les infrastructures stratégiques et moderniser la gouvernance.
Plusieurs grands projets sont déjà engagés: cinq lignes de métro, des routes périphériques, de nouveaux ponts sur le fleuve Rouge, des logements — y compris sociaux — ainsi que des équipements éducatifs, sanitaires et culturels. Des centres d’innovation et d’autres infrastructures structurantes sont également en cours de construction.

Le président du Comité populaire de Hanoï, Vu Dai Thang, insiste sur la volonté de la capitale de renforcer son attractivité auprès des investisseurs.

«Hanoï invite les entreprises et les investisseurs, vietnamiens comme étrangers, à accompagner cette transformation. Il s’agit de construire ensemble des centres d’innovation, des zones industrielles de haute technologie, des centres financiers, commerciaux et de services, ainsi que des plateformes logistiques. Il s’agit aussi de développer des infrastructures modernes, des villes vertes, intelligentes et agréables à vivre. Chaque décision d’investissement contribuera à façonner le visage de Hanoï pour les décennies à venir. Chaque projet réussi renforcera le rôle de la capitale comme moteur de développement régional et participera à l’ambition d’un Vietnam développé, puissant et prospère. Hanoï ne veut pas seulement attirer plus d’investissements. Elle veut bâtir, avec les entreprises, une capitale où il fait bon vivre, investir et s’engager, aujourd’hui comme demain», souligne-t-il.

À travers ce plan à cent ans, Hanoï ambitionne de devenir une métropole pleinement connectée au monde, capable de rivaliser avec les grands centres régionaux. La capitale veut s’imposer comme un pôle d’innovation, de finance, de commerce et de services à haute valeur ajoutée. Elle entend aussi jouer un rôle moteur pour l’ensemble de la région capitale et, plus largement, pour le Vietnam, afin de devenir une destination attractive pour les investisseurs et un lieu où convergent l'intelligence, la technologie, les ressources et les idées nouvelles.