Le DELF se décline en quatre niveaux, du A1 des grands débutants au B2, selon l'échelle du Cadre européen commun de référence pour les langues. Au Vietnam, tout se joue au B2, qui remplace le TCF dans le dossier Campus France. Et la France reste la première destination non anglophone des étudiants internationaux : 6.500 Vietnamiens y étudient, selon Campus France. S'y ajoutent les bourses, comme la bourse Eiffel.

Reste à le décrocher. Quatre épreuves, notées 25 points chacune: compréhension orale, compréhension écrite, production écrite, et un oral individuel de vingt minutes préparé en trente, le plus redouté de tous, avec un exposé à partir d'un article tiré au sort puis un débat avec l'examinateur. Beaucoup découvrent que le B2 ne mesure pas seulement leur français. Ngoc Khanh enseigne à l'Université de Hanoï.

“Ce sont des difficultés liées au niveau de langue, à l'argumentation et aux connaissances générales. Les plus importantes sont celles de la production orale et de la production écrite: ils doivent tous produire des textes argumentatifs. La variété et la spécificité des sujets du DELF B2 dépassent souvent les connaissances générales des étudiants vietnamiens”, précise-t-il.

Des connaissances générales, donc, et pas seulement du vocabulaire. C’est ce que constate Mohamed Cacavinde, responsable national des examens à l’Institut français du Vietnam, d’après ce qu’il y observe depuis deux ans.

“Les apprenants vietnamiens se concentrent sur le vocabulaire, pas dans le contexte, malheureusement, et surtout ils travaillent beaucoup sur la grammaire, mais pas appliquée, d'une manière très isolée. Et ils n'ont pas beaucoup d'opinion, ils n'ont pas de réflexion sur les sujets variés. Quelqu'un qui n'a pas d'opinion ne peut pas réussir l'examen DELF B2”, dit-il.

Le constat n'a rien de théorique. Chuc An, en troisième année, a travaillé ses structures et son vocabulaire. Mais devant l'examinateur, tout se vide.

“Même si j'ai préparé des structures et du vocabulaire adaptés au niveau B2, face à l'examinateur, à cause du stress, je les oublie tous. Je comprends les mots avancés dans les textes de lecture, mais quand il s'agit de les appliquer à l'oral ou à l'écrit, je ne peux pas les utiliser. Dans ma tête, il ne reste que des mots de base”, avoue-t-elle.

Thùy Linh, elle, trouve les enregistrements de la compréhension orale trop rapides, et passe tant de temps sur la lecture qu'il ne lui en reste plus assez pour rédiger. Elle avoue par ailleurs un réflexe très répandu chez les apprenants: elle pense en vietnamien, puis traduit. Mohamed Cacavinde parle à ce sujet d'erreur impardonnable.

Comment s'en sortir, alors? Van Toàn, lui aussi enseignant à l'Université de Hanoï, commence par le vocabulaire, à condition de ne jamais l'apprendre isolément.

“Les étudiants doivent adopter une habitude de lecture régulière: la presse française, belge ou canadienne. Deuxième chose, travailler par thèmes: sur un thème précis, avec plusieurs documents, ils rencontrent un champ lexical assez riche, et cela facilite la mémorisation. Troisième conseil: des prises de notes régulières et méthodiques. Une fois notés dans vos cahiers, vous pouvez réutiliser ces termes”, détaille-t-il.

Pour l'oral, le professeur donne deux exercices à ses étudiants. Lire à voix haute, d'abord, jusqu'à ce que la lecture ressemble à une prise de parole, puis se filmer. La caméra dérange, et c'est bien ce qu'on lui demande: celui qui tient devant l'objectif tiendra devant le jury. Phuong Nga, examinatrice du DELF et du DALF à l'Institut français du Vietnam, insiste de son côté sur une routine quotidienne.

“Prenez l'habitude de vous exposer régulièrement à la langue française. Vous pouvez écouter tous les jours des émissions radiophoniques, des podcasts, des interviews ou des actualités à la télévision, en privilégiant la langue française standard. Cela vous aide à vous habituer aux différents accents et aux vitesses de parole. Deuxièmement, pratiquez l'écoute active: lorsque vous écoutez, soyez attentif aux détails, prenez note des mots clés et des idées principales”, conseille-t-elle.

Un dernier mot sur le débat avec l'examinateur, l'exercice que les candidats vietnamiens redoutent le plus, faute d'y être habitués. Ngoc Khanh les met en garde contre la tentation de contredire systématiquement leur interlocuteur. Mieux vaut lui donner raison d'abord, puis nuancer.

Ces conseils, Mai Huong les a appliqués. Elle a décroché son B2 en mai, et sa méthode n'a rien de spectaculaire.

“J'écoute l'enregistrement une première fois, puis je cherche à comprendre les nouveaux mots et les structures grammaticales, ensuite je l'écoute chaque jour pour me familiariser avec les sons. Pour la production écrite, j'ai demandé à mes professeurs et à mes amis francophones de corriger. Je pense qu'avoir un compagnon de route pendant le processus d'entraînement est un facteur extrêmement important pour progresser”, dit-elle.

Le DELF demande du travail, et il le rend bien: un diplôme gardé toute la vie, les universités françaises accessibles sans autre test, des bourses au bout du chemin. Mais aucun de nos interlocuteurs n'en parle comme d'une leçon à réviser. On ne prépare pas vraiment cet examen, on s'installe dans la langue. On lit, on écoute, on se forge des opinions, on accepte de se tromper à voix haute. Le français n'est pas un stock de mots et de règles, rappelle Mohamed Cacavinde. C'est une manière de comprendre les autres et de se faire comprendre.