Quatre jours pour inventer un jeu vidéo: c’était le défi du hackathon «Jeu parle français», organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie du 10 au 13 septembre dans la capitale roumaine. Sur les dix équipes finalistes, trois venaient du Vietnam.

L’idée n’était pas tant de créer des jeux vidéo que de le faire… en français. Emmanuel Samson, le responsable du Centre régional francophone pour l’Europe centrale et orientale, ne s’était d’ailleurs pas privé de le rappeler aux participants...

«Ce n’est pas un hackathon pour jouer aux jeux vidéo. Enfin, pas seulement... C’est surtout un hackathon pour créer un jeu vidéo… en français. Il faut savoir que le premier produit culturel vendu dans le monde, ce n’est pas un film, ce n’est pas un livre, ce n’est même pas un disque: c’est un jeu vidéo. Et grâce aux nouvelles technologies, il est de plus en plus simple de construire son propre jeu», explique-t-il.

Le fait est qu’en 2025, le marché mondial du jeu vidéo aura pesé 197 milliards de dollars, bien plus que le cinéma et la musique réunis...

Alors, avant d’aller un peu plus loin, sans doute convient-il d’expliquer ce que signifie le néologisme «hackathon», qui est en fait la contraction de deux mots, «hack» et «marathon», et qui désigne un concours de la programmation et de l’innovation.

Revenons-en maintenant à ce fameux hackathon de Bucarest. Les équipes en lice devaient concevoir des jeux «sérieux»: des jeux qui apprennent quelque chose sans en avoir l’air… Aventurons-nous maintenant dans la forêt de Koudou, avec Quynh Thy, l’une de ses créatrices.

«Petit à petit, vous découvrez des traces de déforestation, qui vous emmènent jusqu’au village de Koudou. Là, vous réalisez des missions: éteindre un feu, planter des arbres, trier des déchets... Et surtout, si Alex se blesse, vous devrez vous rappeler les plantes que vous avez découvertes pour trouver celle qui peut le soigner», nous explique-t-elle.

Voilà tout le secret du jeu sérieux. Le joueur retient le mot non pas parce qu’on le lui demande, mais parce qu’il en a besoin pour avancer. Et pourquoi une forêt? Parce que chaque édition impose deux objectifs de développement durable des Nations unies. Cette année: la paix, priorité de la Francophonie, et la vie terrestre, un choix qui doit tout à l’université hôte, spécialisée en agronomie et en médecine vétérinaire.

Imaginer tout cela en quatre jours, c’est la règle du hackathon. On donne aux équipes un thème et très peu de temps pour transformer une idée en prototype. La formule est née en 1999 au Canada, chez des programmeurs. C’est même lors d’un hackathon que Facebook a imaginé son célèbre bouton «J’aime». On pourrait donc croire que le plus dur, c’est de coder jour et nuit. Pour Quynh Thy, l'épreuve était ailleurs : dans la langue. Car dans l'équipe, personne n'avait le français pour langue maternelle.

«Le plus difficile, c’était de faire comprendre notre idée au coach. On communiquait entièrement en français, qui n’est la langue maternelle d’aucun d’entre nous. Alors il y a eu parfois des malentendus. Mais on a pris le temps d’expliquer nos idées, et au final, on a réussi à trouver un accord commun», nous raconte-t-elle.

Le concours est né en 2020, en pleine pandémie de Covid, pour rassembler les jeunes en ligne. Principe de base: chaque équipe compte un professeur pour concevoir le jeu avec les élèves. Sur ce point aussi, Emmanuel Samson aura été clair…

«Le professeur est membre à part entière de l’équipe qui conçoit le jeu vidéo. Il vient avec ses objectifs linguistiques, ses objectifs d’apprentissage. Cela lui permet d’utiliser ensuite ce jeu dans ses classes, mais aussi de se familiariser avec cet outil d’apprentissage qu’est le jeu vidéo», a-t-il précisé.

Les dix jeux seront d’ailleurs publiés sur une plateforme en ligne. Pour Nguyên Yên Nhi, enseignante à l’Université de Hanoï, qui accompagnait les étudiants, c’est le regard sur la langue qui change...

«Ici, le français est une langue que les étudiants utilisent pour créer une histoire, pour résoudre un problème et pour présenter leurs idées. Ils apprennent le français en faisant quelque chose de concret, avec d’autres jeunes venus de différents pays», note-t-elle.

Côté palmarès, la concurrence était rude: quarante projets au départ, en ligne, en juin, puis dix finalistes venus d’Albanie, d’Égypte, de Moldavie, de Roumanie et… du Vietnam. Autant le dire tout de suite, Koudou n’est pas monté sur le podium. Mais une autre équipe vietnamienne, celle de l’Institut polytechnique de Hanoï, a décroché la deuxième place avec Écho de la forêt. Quynh Thy, elle, est repartie avec autre chose qu’un trophée.

«Ce que je rapporte surtout, c’est la preuve que le français peut vraiment nous ouvrir au monde. En quatre jours, j’ai pu travailler avec des jeunes de pays que je connaissais très peu, découvrir leur culture et construire un projet commun. J’ai aussi appris à travailler avec des personnes qui ont des façons de penser différentes. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est justement ce qui rend l’expérience intéressante», nous confie-t-elle aujourd’hui.

Au fond, ce qui se fabrique vraiment dans un hackathon, c’est l’art de se comprendre. Bientôt, quelque part dans le monde, un élève partira à la recherche du professeur d’Alex. Il croira jouer. En réalité, il apprendra le français, dans une forêt imaginée par de jeunes Vietnamiens...