Au cœur de la commune de Dân Hoà, dans le district de Thanh Oai à environ 25 km du centre de Hanoï, le village de Tri Lê perpétue depuis plusieurs générations un savoir-faire précieux: la fabrication artisanale du chapeau conique vietnamien. Dans les maisons du village, les artisans continuent de travailler patiemment les feuilles séchées, de les coudre et de les assembler pour créer ces chapeaux emblématiques.
Mais aujourd’hui, ce métier traditionnel est confronté à de nombreux défis. La modernisation et l’évolution des modes de vie ont réduit le nombre de jeunes prêts à reprendre ce travail artisanal. C’est dans ce contexte qu’a été lancé le projet TRILAF, pour une durée de dix mois, avec une ambition claire : revitaliser le village en développant un modèle de tourisme culturel durable, fondé sur la participation communautaire et la solidarité francophone. Dàm Minh Thuy, doyenne du Département de français de l’Université de Langues et d’Études Internationales et responsable du projet, en explique les objectifs.
«Ce projet vise à revitaliser le village artisanal de Tri Lê. Il est connu pour la fabrication des chapeaux coniques, qui est malheureusement aujourd'hui menacée par le vieillissement des artisans, la faiblesse des revenus et le départ des jeunes. Face à ces défis, TRILAF propose de transformer ce village en un modèle de tourisme durable et communautaire, en conciliant trois objectifs majeurs, à savoir préserver le patrimoine culturel immatériel, renforcer les capacités des habitants, notamment des jeunes et des femmes, et enfin créer une dynamique économique locale à travers des activités touristiques innovantes et respectueuses de l'environnement», a-t-elle fait savoir
Dans cette initiative, les étudiants ne sont pas seulement bénéficiaires, mais de véritables acteurs et co-constructeurs du changement.
«Les étudiants participent activement à de nombreuses activités concrètes, de l'étude de terrain à la conception de circuits touristiques, de l'organisation d'ateliers immersifs à la traduction et médiation culturelle. Ils produisent également des contenus numériques, comme des vidéos, des supports de communication, ou participent à la mise en place d'un centre d'exposition multilingue. Ce qui est très encourageant, c'est de voir à quel point ils sont dynamiques et créatifs, ils sont très impliqués et proposent des productions de bonne qualité. TRILAF devient ainsi pour les étudiants un véritable espace d'apprentissage vivant où ils apprennent en agissant au service de la communauté”, a confirmé Dàm Minh Thuy.
Pour les étudiants francophones impliqués dans le projet, cette expérience représente une immersion concrète dans le patrimoine vivant vietnamien.
Lê Thi Thu Huyên, étudiante en troisième année au Département de français, participe aux activités sur le terrain.
«J'ai appris à préparer les matériaux et à tisser le chapeau conique avec les artisans. Ils m'ont montré comment travailler avec la patience. J'ai compris que ce métier demande beaucoup de soin et de persévérance pour créer de beaux produits traditionnels», a-t-elle partagé.
Au-delà de l’apprentissage artisanal, le projet constitue aussi un espace de pratique du français.
«Nous utilisons le français pour faire le doublage de nos vidéos de promotion. Nous parlons aussi en français pour présenter le village et ses traditions aux visiteurs francophones. Cela nous permet de faire découvrir la culture vietnamienne tout en valorisant notre pratique de la langue», a salué Lê Thi Thu Huyên.
«J'ai découvert ce projet grâce aux enseignants de mon département de français, et il a très rapidement attiré mon attention. J'aime beaucoup découvrir les métiers artisanaux traditionnels. j’ai mieux compris le processus minutieux de fabrication du chapeau conique, mais aussi l’importance de promouvoir ces savoir-faire auprès du public pour préserver notre identité culturelle, renforcer la visibilité de ces produits d’artisanat et assurer leur développement durable», a indiqué de son côté Hoàng Ngoc Lan, également étudiante.
Cette collaboration apporte également un souffle nouveau aux artisans du village. Vu Bá Trinh, chef du village et artisan depuis plus de vingt ans, salue l’engagement des jeunes volontaires.
«Les étudiants sont très dynamiques. Ils viennent souvent nous aider et nous apprendre comment améliorer nos services, valoriser nos produits et mieux accueillir les touristes internationaux. Depuis août 2025, plusieurs tables rondes ont été organisées, ce qui nous a permis d’acquérir de nouvelles connaissances sur le tourisme communautaire et la valorisation de nos produits artisanaux», s’est-il réjoui.
Au-delà de sa dimension patrimoniale et éducative, TRILAF s’inscrit également dans une dynamique de coopération francophone. Pour Dàm Minh Thuy, cette dimension constitue l’un des piliers essentiels de l’initiative.
«Ce projet s’inscrit pleinement dans les valeurs de la francophonie en promouvant la diversité culturelle, l’éducation, l’inclusion sociale et le développement durable. La langue française devient ainsi un outil concret de formation, de médiation culturelle et de communication, notamment à travers la création de guides, de supports numériques et d’espaces d’exposition multilingues. TRILAF contribue également à renforcer l’employabilité des étudiants grâce à la structuration d’un écosystème francophone innovant, capable de générer des impacts économiques, sociaux et culturels. Ce n’est pas seulement un projet de tourisme: c’est avant tout une histoire de transmission, de coopération et d’espoir, où la francophonie devient un véritable espace de solidarité et d’innovation», a-t-elle noté.
Un point de vue partagé par Nguyên Thi Cuc Phuong, spécialiste du programme de promotion du tourisme durable à l’OIF.
«Je pense qu’un projet comme celui-ci est particulièrement significatif pour la Francophonie. La Francophonie, ce n’est pas seulement la langue française, mais aussi des actions concrètes au service des populations locales. Dans ce projet, le français est présent dans les vidéos, les supports de communication, les pages web ou encore les réseaux sociaux, aux côtés du vietnamien. Et lorsque les habitants accueillent des visiteurs francophones, ils apprennent aussi quelques expressions de base en français. C’est une manière naturelle de s’approprier la langue et de créer du lien», a-t-elle constaté.
Dans le village, cette coopération est perçue comme une opportunité concrète de préserver et de valoriser le savoir-faire local. Vu Bá Trinh, chef du village, y voit un véritable levier de transmission.
«Grâce à ce projet, nous espérons que davantage de personnes, qu’il s’agisse de touristes ou de jeunes, découvriront notre métier et notre village», a-t-il déclaré.
En associant patrimoine traditionnel, engagement étudiant et coopération francophone, le projet TRILAF cherche ainsi à ouvrir de nouvelles perspectives pour le village d’artisanat de Tri Lê. Une initiative qui montre que la préservation du patrimoine peut aussi devenir un moteur de développement local et un pont entre les générations et entre le Vietnam et l’espace francophone.
