Comme beaucoup de femmes mông blanches, Vi Thi Ia a grandi avec les gestes transmis par sa grand-mère et sa mère, du travail du chanvre à la broderie. Elle s’est ainsi familiarisée très tôt avec les techniques de confection des costumes traditionnels. La confection de ces tenues demande du temps et beaucoup de patience. Auparavant, chaque pièce devait être découpée et cousue à la main, avant d’être ornée de motifs soigneusement réalisés. Malgré ces nombreuses étapes, Vì Thi Ia a choisi de poursuivre ce métier. Au début, elle cousait seulement pour sa famille. Puis, constatant que les habitants du village souhaitaient eux aussi porter de belles tenues traditionnelles, elle a décidé d’en confectionner davantage pour répondre à la demande.
“Au début, c’était difficile, car les habitants avaient peu de moyens et achetaient encore peu. Puis, avec l’amélioration de leur situation économique, la demande a augmenté. Cela m’a donné davantage confiance et m’a encouragée à continuer à coudre, jusqu’à aujourd’hui”, se souvient-elle.
La tenue traditionnelle des femmes mông blanches est une véritable œuvre d’art. Elle se compose de plusieurs éléments: une veste, un pantalon, une ceinture, un plastron et un foulard. La veste, largement ouverte au niveau du col, se ferme par un seul bouton à hauteur du ventre. Les femmes portent donc généralement un vêtement blanc en dessous. Le plastron, qui couvre les épaules et le haut du dos, est richement brodé de motifs aux couleurs vives. Les manches sont, elles aussi, particulièrement travaillées. Elles sont composées de 25 pièces de tissu bleu, assemblées sur un fond noir et superposées comme des rizières en terrasses à la saison des pluies. Avec sa longue ceinture brodée de motifs qui se succèdent, chaque tenue devient ainsi une pièce unique, reconnaissable entre toutes.
Pour confectionner une tenue traditionnelle mông blanche, deux couturières expérimentées travaillent pendant près de quatre jours et quatre nuits. Mais Vi Thi Ia sait aussi adapter son savoir-faire aux goûts d’aujourd’hui. Elle utilise de nouvelles matières et crée des modèles plus jeunes et plus colorés, tout en conservant les motifs et les éléments traditionnels. Vi Thi Ia et son époux ne se limitent pas aux commandes du village. Ils vendent aussi leurs créations sur les marchés de montagne de Tuân Giao et Tua Chùa, dans la province de Diên Biên. Grâce à Zalo, Facebook et TikTok, les tenues mông blanches de Co Ma sont désormais vendues bien au-delà de la région, jusqu’à Lai Châu, Thanh Hoa, Dak Nông ou encore Dak Lak. Parmi leurs clientes fidèles figure Sùng Thi Chia, originaire de la commune de Phinh Hô, dans la province de Lai Châu.
“J’aime beaucoup les tenues confectionnées par Vi Thi Ia. Elles ont un style bien à elles, différent de celui de celles que l’on trouve ici. En plus d’en acheter pour moi, j’en commande en quantité pour les proposer aux habitants d’ici”, dit-elle.
Chaque année, Vi Thi Ia vend entre 120 et 160 tenues traditionnelles, au prix de 1,2 à 1,6 million de dôngs l’unité, soit environ 48 à 64 dollars. Une fois les frais déduits, elle réalise un bénéfice de plus de 130 millions de dôngs, soit plus de 5.000 dollars. Ce revenu régulier permet à sa famille de vivre plus confortablement, mais aussi de continuer à faire vivre sa passion.
Vi Thi Ia consacre aussi une partie de son temps à apprendre aux femmes et aux jeunes du village les techniques de coupe et de broderie. Une façon pour elle de contribuer à préserver l’identité culturelle des Mông et de la transmettre aux générations futures, comme l’indique Thào A Cua, vice-président du Comité populaire de la commune de Co Ma.
“La préservation et la valorisation de l’identité culturelle des Mông font l’objet de nombreuses actions de sensibilisation. Plusieurs familles se lancent également dans la confection et la broderie des tenues traditionnelles. C’est notamment le cas de la famille de Vi Thi Ia, qui a investi dans du matériel pour confectionner les costumes traditionnels des Mông blancs, avec la volonté de préserver les savoir-faire et les motifs hérités de cette communauté. Cette activité permet non seulement de faire vivre et de transmettre cette tradition, mais aussi d’apporter un revenu supplémentaire et de créer des emplois pour les habitants locaux”, affirme-t-il.
Au son de la musique mông, Vi Thi Ia se projette avec confiance vers l’avenir. Elle souhaite agrandir son atelier, investir dans de nouveaux équipements pour accroître sa production, créer davantage d’emplois pour les femmes de la région et, surtout, transmettre aux générations futures son amour du brocart.
