Façonné au fil des activités agricoles et de la vie quotidienne, le khène occupe une place privilégiée parmi les instruments de musique traditionnels des Mông. Son timbre expressif est considéré comme la voix du cœur et un puissant lien social. Lors des festivités, garçons et jeunes filles, vêtus de leurs costumes aux couleurs éclatantes, exécutent des danses aussi souples que vigoureuses au son de l'instrument. Chaque pas et chaque mouvement expriment l'espoir d'une vie prospère et heureuse. Vàng A Sùng, habitant de la commune de Sin Suôi Hô, en est tout fier.
«Autrefois, le khène permettait aux jeunes hommes et aux jeunes femmes de se déclarer leur amour. Aujourd'hui, nous, les jeunes générations, continuons à préserver cet héritage légué par nos ancêtres afin de faire vivre l'identité culturelle du peuple Mông», dit-il.
Pour les Mông, le son du khène est le langage de l'âme. Un chant populaire rappelle d'ailleurs que «le garçon qui ne sait pas jouer du khène est comme un pied de maïs qui ne pousse pas, la jeune fille qui ne sait pas écouter le khène est comme un ruisseau qui ne sait où s'écouler». C’est Mùa A Mang, une personne influente du village de Tu San, dans la commune de Muong Kim, qui nous présente cet instrument emblématique.
«Le khène mông est composé de six tuyaux de bambou représentant un père et ses cinq enfants, symbole de l'unité familiale. Il accompagne toutes les cérémonies: les rituels, les fêtes, les rencontres entre jeunes, le Nouvel An et même les funérailles. Les airs du printemps restent évidemment les plus joyeux, car ils accompagnent les rendez-vous amoureux», indique-t-il.
Tantôt mélodieux, tantôt grave, le son du khène accompagne les grands moments de l'existence. Au printemps, il devient une invitation à la rencontre et à la séduction. Lors des cérémonies rituelles, il relie les vivants à leurs ancêtres.
Face aux mutations économiques et sociales, les autorités locales multiplient les initiatives pour assurer la transmission de cet art ancestral. Des ateliers de fabrication du khène sont régulièrement organisés dans les villages, tandis que les clubs de musiciens se développent et contribuent à faire vivre cette tradition. Nguyên Thi Viêt Hà, responsable de la culture et des affaires sociales de la commune de Muong Kim, souligne:
«La préservation de l'identité culturelle des Mông, notamment de l'art du khène, constitue une priorité. Nous avons proposé aux autorités locales d'organiser des formations à la fabrication et à la pratique de l'instrument, tout en maintenant les activités culturelles lors du marché traditionnel de Tà Mung ainsi qu'à l'occasion des festivals et événements touristiques. Ces initiatives contribuent à préserver et à faire rayonner la culture mông»,dit-elle.
Trân Manh Hùng, directeur du service de la Culture, des Sports et du Tourisme de la province de Lai Châu, est lui aussi un fervent défenseur du khène.
«La fabrication et l'art d'interpréter le khène mông font partie intégrante de notre programme de préservation des patrimoines culturels des minorités ethniques. Nous organisons régulièrement des formations, des festivals et des concours consacrés à cet instrument, auxquels les clubs locaux participent avec enthousiasme. Il s'agit d'un patrimoine remarquable qui séduit un public toujours plus nombreux de nombreux visiteurs venus découvrir les villages mông de Lai Châu», note-t-il.
Au cœur des montagnes de Lai Châu, le son du khène continue ainsi de rythmer la vie des Mông et d’enrichir la mosaïque culturelle vietnamienne.
