C’est à la pagode Thây, à Quốc Oai, en banlieue de Hanoï, qu’il est venu se ressourcer une dernière fois. Dans ce cadre empreint de sérénité, après avoir gravi les 250 marches de pierre, le diplomate a confié tout son attachement à cette terre et à son peuple, un souvenir précieux qu’il emportera avec lui en France.

Le sourire aux lèvres, l’allure simple et chaleureuse, Olivier Brochet s’avance dans le silence apaisant de la pagode Thây, avec l’aisance de celui qui retrouve un lieu qui lui est cher. Il prend le temps d’écouter le vénérable Thich Dao Vinh lui conter l’histoire millénaire de la pagode, marquée par l’empreinte spirituelle du maître zen Tu Dao Hanh, figure majeure de la spiritualité vietnamienne et du théâtre de marionnettes sur l’eau.

Attentif, le diplomate contemple les statues, s’attarde sur les détails de l’architecture ancienne et échange avec une curiosité sincère. Au fil des récits, il se plonge dans l’histoire et les traditions vivantes de ce haut lieu spirituel, transmises à travers les siècles.

Puis, quittant le bas du site, Olivier Brochet entame l’ascension. D’un pas serein, il gravit les 250 marches de pierre qui mènent au temple Thượng. Une ascension familière pour le diplomate français, qui connaît déjà bien les lieux. Mais cette fois, la visite revêt une résonance particulière.

«Cette pagode est l’un des endroits qui me touchent le plus à Hanoï, parce qu’il y a là à la fois toute la beauté du Vietnam, un patrimoine vietnamien très bien préservé, et une harmonie, un calme général qui font qu’à chaque fois que je suis venu ici, j’ai été transporté vers ce que je considère, à mon niveau, comme peut-être l’âme éternelle du Vietnam. Ce qui me touche, c’est qu’elle est à la fois admirablement entretenue, restaurée et, en même temps, sans excès, en conservant son identité, jusque dans les abords du petit lac. Je l’aime parce que j’ai l’impression d’y découvrir véritablement une réalité du Vietnam telle que je me l’imaginais et que je l’ai retrouvée ici», partage-t-il.

Si les hauteurs de la pagode incarnent l’esprit spirituel du lieu, le lac Long Trì en révèle l’âme populaire. Berceau emblématique des marionnettes sur l’eau, la pagode Thây prend alors une tout autre dimension, animée par la magie de son théâtre aquatique. Une tradition dont la poésie a profondément marqué l’ambassadeur Olivier Brochet.

«J’ai adoré les spectacles de marionnettes sur l’eau. Je ne comprenais pas l’histoire, mais je me laissais porter par ce récit mythologique, peuplé d’histoires inspirées de la vie des campagnes, et par toute la magie qui nourrit l’imaginaire vietnamien, avec ces dragons qui surgissent de l’eau, ces tortues… Je les ai vus à plusieurs reprises à Hanoï et j’ai toujours trouvé que c’étaient des spectacles d’une très grande qualité, qui nous aident véritablement à mieux comprendre l’âme populaire et les traditions du Vietnam», raconte-t-il.

Au-delà des traditions, cette visite fait aussi écho à un autre point commun entre la France et le Vietnam: leur attachement au patrimoine. Préserver les monuments, mais aussi leur donner les moyens de continuer à vivre et de transmettre leur histoire, constitue depuis longtemps un terrain de coopération entre les deux pays. Olivier Brochet, toujours:

«Le préserver, c’est bien sûr le restaurer, mais c’est aussi lui permettre de conserver sa vocation initiale. Ce que l’on retrouve en France, en visitant des monastères, des cathédrales ou de très beaux palais, je le retrouve aussi dans certains lieux au Vietnam, comme cette magnifique pagode, bien sûr, mais aussi la citadelle de Huế ou encore les tombeaux des rois, qui m’ont particulièrement touché lors de mes visites. Cette proximité nourrit une longue tradition de coopération dans le domaine du patrimoine. Mais, plus largement, elle repose sur une même conception de la préservation et de la transmission du patrimoine».

De ce patrimoine ancré dans l’histoire aux réalités du Vietnam d’aujourd’hui, les souvenirs de ses trois années de mandat sont nombreux. Parmi eux, ses déplacements à travers le pays occupent une place particulière. Olivier Brochet a tenu à sortir des grandes villes pour aller à la rencontre des populations, notamment dans les zones rurales et montagneuses, souvent à l’occasion de projets soutenus par la coopération française. Au fil de ces déplacements, il a découvert un Vietnam loin des grandes métropoles et des itinéraires touristiques: une grande diversité de paysages, de cultures et d’ethnies, mais aussi des rencontres qui ont profondément marqué son regard sur le pays.

«Le Vietnam, avec ses 300.000 kilomètres carrés, recouvre une très grande diversité culturelle, une très grande diversité de populations, d’ethnies. Et j’ai beaucoup aimé marcher dans les montagnes, au milieu des rizières ou au milieu des champs de thé, rencontrer les gens qui sont toujours extrêmement accueillants. Finalement, à n’importe quel endroit du Vietnam, on est toujours bien accueillis», dit-il.

Mais ces voyages lui ont aussi révélé la fragilité de certains territoires. Parmi les déplacements qui ont particulièrement marqué son mandat, celui de Hà Giang, dans le Nord du Vietnam, après le passage du typhon Yagi en 2024. Il s’y est rendu pour constater les dégâts et suivre le déploiement de l’aide française auprès des communautés touchées. Sur le terrain, il a pu mesurer concrètement la vulnérabilité du Vietnam, l’un des pays les plus exposés aux effets du dérèglement climatique. Face à cette menace, le diplomate français appelle à renforcer les efforts communs pour mieux protéger les populations et en limiter les conséquences.

En trois ans de mandat, Olivier Brochet a aussi vu un Vietnam en pleine transformation, marqué par le développement rapide des villes, des infrastructures et de l’industrie, mais aussi par les progrès dans les domaines de la santé et de l’éducation. Une dynamique qui n’est toutefois pas sans conséquences, notamment sur l’environnement. Face à ces défis, la France se dit prête à partager son expertise et son expérience, notamment les enseignements tirés de ses propres erreurs environnementales. Pour Olivier Brochet, la protection de l’environnement constitue ainsi l’un des grands défis auxquels le Vietnam devra répondre à l’avenir.

Trois années, ce n’est peut-être pas si long dans une vie. Mais elles auront suffi à faire d’un lieu de mission une terre à laquelle on s’attache. Au fil des rencontres, des voyages et des moments partagés, Olivier Brochet dit avoir noué avec le Vietnam et ses habitants un lien qui dépasse désormais le cadre de ses fonctions.

«Une page de trois ans de ma vie se tourne. Ces trois années ont été extraordinaires pour moi, d’un point de vue professionnel, bien sûr, mais surtout d’un point de vue humain. Et je partirai dans quelques jours du Vietnam avec un morceau du Vietnam dans mon cœur et le souvenir de magnifiques rencontres. Donc, je vous souhaite à toutes et à tous une bonne santé, beaucoup de succès dans vos nombreux projets et surtout beaucoup de bonheur. Merci infiniment pour tout. Xin chào !»

Le mandat s’achève, mais certains liens ne prennent pas fin avec un départ. Pour Olivier Brochet, le Vietnam restera désormais une histoire de rencontres, de souvenirs et d’attachement.