«Alors, je ne pense pas qu'il y a eu un moment précis. C'est venu progressivement, presque naturellement. Après mes études de droit et mes expériences en entreprise, en France comme au Vietnam, j'ai réalisé que quelque chose me manquait. La peinture était devenu l'espace où je me sentais vraiment moi-même, libre et pleinement vivante. J'ai compris que je ne voulais plus simplement peindre dans ma vie, mais faire de la peinture ma vie»

Quitter le monde du droit pour celui de la création aurait pu ressembler à une rupture. Pas pour Van Guillemin, qui puise une certaine force dans son parcours de juriste…

«Alors, au contraire, je pense que mon parcours dans le droit et l'entreprise est devenu une force. Il m'a appris la rigueur, la logique, la discipline et à structurer mes projets. Bien sûr, devenir une artiste implique beaucoup d'aptitudes et de défis, mais je les porte avec cette même détermination. Je n'ai pas vraiment changé ma façon de travailler. J'ai simplement changé le terrain : du droit à la création»

Van Guillemin est autodidacte. Son apprentissage passe par l'observation, l'expérimentation, mais surtout par un dialogue permanent avec elle-même.

«Oui, je suis autodidacte, donc j'ai beaucoup appris par l'observation, l'expérimentation et surtout par la pratique. Je parle d'abord de mes émotions et de ce que je ressens, puis j'essaie de comprendre comment le traduire sur la toile. En fait, je peins presque tous les jours. J'expérimente, je me trompe, puis je recommence…»

Au fil des toiles, une voix personnelle apparaît. Un moment décisif: celui où l'artiste cesse de vouloir répondre à une certaine idée de la peinture pour se concentrer sur ce qu'elle ressent réellement.

«C'est à ce moment-là que j'ai commencé à ne plus chercher à bien peindre, mais à traduire ce que je ressentais réellement. J'ai compris aussi que ma voix artistique apparaissait lorsque je cessais de vouloir ressembler à quelqu'un d'autre»

Pour Van Guillemin, peindre est bien plus qu'un geste artistique. C'est un véritable espace de transformation qu’elle s’approprie.

«Peindre m'a changé. Ça m'a appris à mieux me connaître, à écouter mes émotions et à accepter certaines parties de moi-même. Aujourd'hui, la peinture est pour moi un espace de transformation. Je peins ce que je ressens, mes souvenirs, mes questionnements, moi, et j'essaie de transformer tout ça en quelque chose de nouveau. Et en quelque sorte, chaque tableau est une petite transformation de moi-même»

Dans cette recherche intime, deux pays occupent une place essentielle. Le Vietnam, le pays natal de Van Guillemin, et la France, où elle vit et construit aujourd'hui son parcours artistique. Une double identité qui nourrit son travail sans jamais l'enfermer dans une seule définition.

«Le Vietnam et la France font tous les deux partie de mon histoire et mon identité artistique. Le Vietnam apporte la mémoire, les émotions et la racine. La France, une autre manière de regarder, de penser et de créer. Je ne cherche pas à choisir entre les deux, mais à les faire dialoguer dans ma peinture»

Et face à ses œuvres, Van Guillemin ne cherche pas à imposer une seule lecture, car chaque spectateur arrive avec son propre vécu...

«Je ne cherche pas forcément à faire que le public comprenne exactement ce que je voulais dire, mais je préfère qu'il ressente quelque chose. Chacun arrive avec son propre vécu, ses souvenirs, ses émotions, et peut donc voir une histoire différente dans les mêmes œuvres. Pour moi, c'est justement ce qu'est la peinture vivante»

Créer est aussi, pour Van Guillemin, une manière d'entreprendre. Avant de développer pleinement son univers artistique avec Vanartparis, Van Guillemin s'est également lancée dans l'aventure entrepreneuriale avec VA Marché. Deux projets différents, mais une même envie de repousser ses limites.

«À l'origine, j'ai créé ‘VA Marché’ par envie d'entreprendre, de créer quelque chose pour moi-même et surtout de me lancer un défi. Ca m'a permis de découvrir mes limites d'apprentissage, puis de développer ma créativité dans un univers très différent de l'art. ‘Vanartparis’ est né d'un besoin plus personnel : créer mon propre univers artistique, puis aller encore plus loin dans l'exploration de moi-même. Dans les deux projets, je me trouve finalement la même chose : créer, expérimenter, me dépasser, découvrir jusqu'où je peux aller»

Puis sont venues les expositions. La France, le Vietnam, mais aussi l'Italie et Dubaï. Pour cette artiste autodidacte, voir ses œuvres voyager a été une expérience aussi inattendue qu'émouvante.

«Ma première exposition, je l'ai fait avec beaucoup d'émotion, mais aussi avec beaucoup de curiosité. Chaque exposition m'a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de sortir de ma zone de confort, et de mieux comprendre ma propre voie artistique. Et voir mon travail voyager de la France et puis du Vietnam, en passant par l'Italie et le Dubaï, a été une très belle surprise pour une artiste autodidacte comme moi»

La suite, Van Guillemin l'imagine entre la France et le Vietnam. Avec de nouvelles expositions, mais aussi des projets autour de l'art contemporain, du patrimoine et de la culture vietnamienne.

«Du coup, je n'ai pas envie de me fixer une limite. Je veux continuer à créer, découvrir une part de l'héritage vietnamien au monde avec ma propre œuvre»

Du droit à la création, de la rigueur à l'émotion, du Vietnam à la France... Le parcours de Van Guillemin raconte avant tout une quête: celle de sa propre voix, v.o.i.x, et de sa propre voie v.o.i.e. Un cheminement intérieur qu'elle ne cherche pas nécessairement à expliquer, mais qu'elle espère faire ressentir.