Dans les postes-frontières de la province, apprendre une langue minoritaire n’est plus un atout, mais une exigence. Officiers et soldats s’y forment en continu. Résultat: des séances de sensibilisation plus directes, plus vivantes — et surtout mieux comprises.
- Après les élections, comment ça se passe ici, au village?
- Ici, tout le monde est content. On a élu des responsables compétents, honnêtes, pour guider le village. Les gens sont enthousiastes, confiants.
Parler la langue locale, ce n’est pas seulement transmettre un message: c’est reconnaître une culture. Et cette reconnaissance change tout. Elle réduit la distance, installe une forme de proximité — et rend les habitants plus réceptifs, y compris sur des sujets sensibles comme le droit ou la sécurité.
Au hameau de Chi Ma, dans la commune de Mâu Son qui compte plus de 230 foyers, avec près d’un millier d’habitants, les effets sont visibles. La connaissance des lois progresse, les infractions reculent.
Les gardes-frontières multiplient les visites, maison par maison, pour expliquer les règles liées au passage de la frontière, à la lutte contre la criminalité, à la protection de la souveraineté.
«Quand on parle aux gens dans leur langue, ils comprennent vraiment. Et petit à petit, respecter la loi devient naturel. Les gardes-frontières parlent le Tày, ils vivent avec nous. Les anciens les considèrent comme leurs enfants. Les jeunes, comme des amis», résume Vi Van Nhu, secrétaire du comité du Parti et chef du hameau.
Au-delà de la compréhension, un cap est franchi: les habitants s’impliquent. Ils participent d’eux-mêmes à la surveillance de la frontière et au maintien de l’ordre. Chaque année, le poste-frontière de Chi Ma organise entre 60 et 70 séances de sensibilisation, qui réunissent environ 3000 participants. En parallèle, des messages bilingues — vietnamien et langues ethniques — sont diffusés sur les haut-parleurs locaux. Le sous-colonel Trân Trong Toi, commissaire politique du poste-frontière, précise:
«Dans notre dispositif “trois avec, quatre ensemble”, il y a un point clé: parler la langue des minorités. Chaque soldat comprend qu’il doit apprendre, par lui-même, pour être utile sur le terrain. Et surtout, pour transmettre des messages concrets, qui donnent envie aux habitants de s’engager à nos côtés.
Cet engagement passe aussi par la formation. En 2026, un concours de langue Tày a réuni de nombreuses unités de gardes-frontières — une manière d’élever le niveau et de professionnaliser davantage ces pratiques.
«Apprendre les langues minoritaires — et le Tày en particulier — c’est une directive claire du commandement. Nous avons intensifié les formations pour que nos soldats puissent écouter, comprendre et s’exprimer correctement. C’est indispensable pour remplir notre mission», insiste le colonel Lêu Minh Tiên, commandant adjoint des gardes-frontières de la province.
Le soir, dans les hameaux de Lang Son, les haut-parleurs reprennent leur voix familière. Les messages juridiques, les questions de souveraineté, la prévention de la criminalité: tout est dit dans une langue que chacun comprend. Et soudain, ces sujets ne paraissent plus lointains.
Car au-delà des dispositifs officiels, c’est dans les échanges du quotidien que tout se joue: une visite, une discussion, quelques mots partagés. Peu à peu, la confiance s’installe.
Ici, la langue n’est pas qu’un outil. C’est un lien. Un pont discret mais solide — sur lequel repose, jour après jour, la protection de la frontière.
