Les actifs numériques (ou digital assets) désignent l’ensemble des biens existant sous forme de données numériques, créés, stockés et gérés via des dispositifs électroniques ou Internet. À l’échelle mondiale, la blockchain est de plus en plus utilisée pour numériser des actifs traditionnels tels que l’or ou l’immobilier. Cette technologie permet notamment de fractionner les actifs pour faciliter l’investissement, d’améliorer leur liquidité et de rendre possibles des transactions transfrontalières, disponibles en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Le Vietnam fait partie des pays les plus avancés au monde en matière d’adoption et d’intérêt pour les actifs numériques. Le marché y est aujourd’hui très dynamique, mais le cadre juridique est encore en cours de construction. Dans ce contexte, l’étude des expériences internationales est devenue nécessaire. Le Vietnam s’attache progressivement à compléter l’arsenal juridique du secteur, à travers l’adoption de textes et de documents d’orientation, comme l’indique Nguyên Vân Hiên, vice-présidente et secrétaire générale de l’Association vietnamienne de la blockchain et des actifs numériques.

“Le Vietnam est le 46ᵉ pays au monde à avoir reconnu légalement les politiques liées aux cryptoactifs. Le pays a déjà adopté une loi sur l’industrie des technologies numériques, qui définit clairement les actifs numériques et les cryptoactifs. Nous avons également franchi une étape importante avec la mise en place d’une loi sur l’intelligence artificielle (IA). Par ailleurs, un projet pilote de plateforme d’échange de cryptoactifs devrait être lancé d’ici septembre prochain”, dit-elle.

Pour Khuât Bich Thuy, directrice des affaires juridiques et des licences de la branche vietnamienne de Tether, spécialisée dans les actifs cryptographiques, la mise en place d’un cadre juridique complet, l’instauration de mécanismes de supervision efficaces et le développement de talents qualifiés constituent des conditions essentielles pour garantir une croissance transparente, sécurisée et durable du marché des cryptoactifs.

“Le cadre réglementaire des actifs numériques connaît actuellement une profonde évolution, au Vietnam comme dans le monde. De nombreux pays ont instauré des règles strictes en matière de garanties et de supervision des actifs, dont le Vietnam s’inspire pour bâtir son propre dispositif réglementaire. Les autorités vietnamiennes ont ainsi mis en place des exigences rigoureuses afin d’assurer que ces services soient proposés dans le respect de la législation. L’adoption de la résolution n°5 du gouvernement, qui prévoit l’expérimentation d’un marché des cryptoactifs au Vietnam, marque une étape importante vers la création d’un marché réglementé. Nous espérons qu’à partir de septembre prochain, avec le lancement officiel des services liés aux cryptoactifs, les investisseurs disposeront d’une plateforme agréée sur laquelle ils pourront effectuer leurs transactions”, précise-t-elle.

Actuellement, les grandes économies ont adopté des cadres réglementaires variés pour encadrer les actifs numériques, avec un double objectif: limiter les risques tout en tirant parti du potentiel de cette nouvelle classe d’actifs. L’expérience internationale montre toutefois qu’il n’existe pas de modèle unique adapté à tous les pays. Dans ce contexte, le Vietnam doit privilégier une approche en phase avec les réalités de son économie et de son système financier. Plutôt que d’adopter d’emblée un cadre réglementaire complet et très strict, à l’image des États-Unis ou de l’Union européenne, le pays pourrait s’inspirer du modèle plus souple de Singapour, fondé sur une approche par les risques et les fonctions économiques. Concrètement, les efforts réglementaires devraient se concentrer sur les intermédiaires et les services liés aux actifs numériques, notamment les plateformes d’échange, de conservation et de paiement. L’objectif est de mieux maîtriser les risques pour le système financier tout en renforçant la protection des investisseurs. Par ailleurs, l’agriculture, pilier de l’économie vietnamienne et secteur où le pays dispose d’un avantage compétitif, pourrait jouer un rôle clé dans la transformation numérique grâce à la tokenisation des actifs, comme l’explique Nghiêm Minh Hoàng, directeur de la stratégie de la société 1Matrix et expert en fintech auprès de l’Association vietnamienne de la blockchain et des actifs numériques.

“Quatre catégories d’actifs offrent un fort potentiel de tokenisation au Vietnam: les obligations, l’or, l’immobilier et les produits agricoles. En particulier, en tant que grand exportateur agricole, le Vietnam dispose de plusieurs produits particulièrement adaptés à la tokenisation, notamment le riz, le café et le poivre. Faciles à conserver et largement échangés sur les marchés internationaux, ces produits pourraient ouvrir de nouvelles perspectives de financement et d’investissement. Les crédits carbone représentent également une opportunité stratégique. Grâce à ce type d’actifs, le Vietnam pourrait renforcer son intégration aux marchés financiers internationaux et mobiliser de nouvelles ressources pour soutenir la transition vers une économie plus verte et plus innovante”, indique-t-il.

Le marché des cryptoactifs dispose d’un fort potentiel de développement au Vietnam. Toutefois, au-delà de la création rapide d’un marché réglementé, la formation des investisseurs reste un enjeu majeur. Ces derniers devront acquérir des connaissances de base sur les actifs numériques, mais aussi comprendre le cadre juridique qui les encadre.

Avec la mise en place progressive d’un cadre réglementaire dédié, le marché vietnamien des actifs numériques amorce un tournant décisif. Cette structuration, attendue de longue date, doit permettre de mieux encadrer un secteur en pleine expansion, tout en renforçant l’attractivité du pays pour les investissements technologiques et son intégration à l’économie numérique mondiale.