Derrière cette apparente quiétude se cache aussi l’histoire d’une terre qui, pendant la guerre, a offert refuge aux populations locales et nourri plusieurs générations grâce à ses richesses naturelles. Partons à la découverte de la zone humide de Bàu Da, un nouveau site que les habitants de Hoa Thinh s’attachent aujourd’hui à préserver et à faire connaître.

Aucun bruit de moteur. Une petite barque, pouvant accueillir quelques personnes à peine, s’éloigne doucement de la rive au rythme régulier des rames et prend la direction de Bàu Da.

La surface de l’eau est lisse comme un miroir. Elle est si limpide que, depuis la barque, on peut apercevoir la végétation aquatique sous la surface. De part et d’autre, des îlots herbeux, des collines boisées et des blocs rocheux apparaissent puis disparaissent au gré du paysage. Plus loin, des étendues de lotus et de nénuphars couvrent la surface de l’eau. Mais Bàu Da ne se limite pas à cela, comme l’indique cet habitant.

«La beauté de Bàu Dá, c’est qu’on y trouve des singes, des poissons, des oiseaux, mais aussi des arbres typiques des zones humides, des lotus, des nénuphars… Il y a toutes sortes de végétaux. C’est un très bel endroit pour le tourisme. La plus belle période va de décembre de l’année précédente jusqu’en septembre ou octobre de l’année suivante», précise-t-il.

Mais pour comprendre Bàu Da, il faut surtout écouter ceux qui vivent au contact de cette terre depuis leur enfance. À plus de 70 ans, Dào Kim Thông se souvient encore de chaque passage d’eau et de chaque recoin de la forêt. Pour lui, comme pour de nombreux anciens, Bàu Da n’est pas seulement une zone marécageuse, c’est aussi un pan de la mémoire de la guerre.

Avec sa végétation dense, ses montagnes et les grottes qui l’entourent, la zone humide servait autrefois de refuge aux populations locales.

«Quand il fallait fuir les combats, les habitants prenaient leurs barques et allaient construire de petites huttes sous les grands arbres pour s’abriter. Quand on voyait les avions, on se cachait dans les broussailles. Après le mouvement de résurrection populaire, à partir de 1963-1964, nous avons commencé à nous réfugier dans cette zone humide et dans les montagnes, à l’intérieur des grottes», raconte Dào Kim Thông.

Paysages, biodiversité, histoire et produits du terroir… Ces éléments, qui pourraient sembler distincts, constituent aujourd’hui autant d’atouts pour permettre à la commune de Hoa Thinh d’explorer une nouvelle source de revenus: le tourisme communautaire autour de la zone humide.

«La commune a déjà organisé à titre expérimental un circuit de découverte de Bàu Da. Nous allons prochainement élaborer un projet de développement du tourisme communautaire, notamment à travers la création d’une coopérative. Les habitants du village de My Diên participeront directement aux activités touristiques. Ils pourront conduire les barques pour faire découvrir la zone humide de Bàu Da et servir de guides pour présenter ses paysages et son potentiel. La commune étudiera également des dispositifs de formation à l’accueil touristique, fournira des barques et des gilets de sauvetage aux habitants qui participeront à ces activités et réfléchira à la mise en place de différents services sur le site, notamment pour répondre aux besoins des visiteurs en matière de restauration et de transport», explique Phuong Van Lành, secrétaire du comité communal du Parti.

L’idée séduit déjà les riverains.

«Chaque famille pourrait acheter une barque pour transporter les visiteurs et participer aux circuits touristiques», dit un habitant avec enthousiasme.

«On pourrait acheter des barques et commencer à organiser les choses comme à Tràng An, à Ninh Binh. Nous pourrions participer aux circuits et transporter les visiteurs», ajoute un autre.

Si le projet est structuré et développé de manière adaptée, les habitants du village de My Diên pourront ainsi devenir des bateliers et passeurs de l’histoire de leur propre terre.

La découverte de Bàu Da ne consisterait alors pas seulement à explorer une zone humide restée sauvage. Elle permettrait aussi de comprendre les liens qui unissent ce territoire à sa population, à travers la guerre, les années de paix et, aujourd’hui, la recherche de nouveaux moyens de subsistance.

C’est peut-être aussi la plus belle manière de faire émerger une nouvelle destination: permettre aux habitants de vivre de leur environnement naturel pour leur donner, en retour, davantage de raisons de le préserver pour les générations futures.