À Da Nang, au Centre d'accueil des victimes de l'agent orange et des enfants défavorisés, ces blessures invisibles ne disparaissent pas. Mais, chaque jour, elles sont un peu adoucies par la patience des enseignants et l'attention de celles et ceux qui accompagnent ces enfants devenus adultes.

— Bonjour maîtresse.

— Bonjour ! Tu ranges tes affaires dans ton casier, d'accord ?

— Oui.

— Bonjour maîtresse.

— Bonjour ! Alors Nguyên, tu es content aujourd'hui ?

— Oui.

Ces quelques mots peuvent sembler anodins. Pourtant, pour certains pensionnaires, prononcer «bonjour maîtresse» est déjà une victoire. Chaque syllabe est le fruit de longs mois d'apprentissage.

Chaque matin, avant même le début des cours, les enseignants observent les visages, les regards, les silences... Ici, le moindre changement d'humeur peut bouleverser toute une journée. Phan Thi Thanh, qui enseigne au centre, peut en témoigner…

«Chez eux, les émotions sont très simples: ils sont heureux ou tristes. Alors, chaque matin, nous essayons de comprendre ce qu'ils ressentent. Quand quelque chose les blesse, ils viennent nous le raconter. Il suffit parfois d'une étreinte pour qu'ils se sentent compris et rassurés», nous confie-t-elle.

Le centre accompagne aujourd'hui quarante-trois victimes de l'agent orange dans le cadre d'un accueil de jour. La plupart présentent un handicap intellectuel, certains sont atteints de trisomie 21, d'autres souffrent d'un handicap moteur.

Au-delà de la rééducation, les journées sont rythmées par l'apprentissage. Lire, écrire, coudre, confectionner des fleurs en tissu ou fabriquer des bâtons d'encens: autant de gestes qui demandent une infinie patience.

Ici, un même mouvement doit parfois être répété des dizaines de fois. Les acquis d'un jour peuvent s'effacer le lendemain. Les enseignants recommencent alors, inlassablement. Mais chaque progrès, aussi modeste soit-il, devient une victoire.

À 33 ans, Hô Thi Triêu fait partie des rares pensionnaires capables de communiquer avec aisance. Après deux mois d'apprentissage, elle vient d'achever son premier short.

«J'aime venir ici. J'aime apprendre la couture. Il m'a fallu deux mois pour coudre ce short. Je l'ai fait pour une amie», nous raconte-t-elle.

Quelques mètres plus loin, un parfum d'herbes flotte dans l'atelier de fabrication de bâtonnets d'encens. Nguyen Ngoc Phuong, l'instructeur en charge, connaît le combat de ses élèves mieux que personne: il est lui aussi victime de l'agent orange.

«J'essaie de leur transmettre un peu de confiance. Quand ils fabriquent un objet et que quelqu'un vient l'acheter, ils sont tellement heureux. Je leur répète toujours: aujourd'hui ce n'est peut-être pas parfait, mais demain ce sera mieux», nous dit-il. .

Les fleurs en tissu et les bâtonnets d'encens réalisés dans les ateliers sont vendus afin de financer les activités du centre. Mais leur valeur est ailleurs. Ils prouvent à ceux qui les ont fabriqués qu'ils sont capables de créer, de travailler et, parfois, de retrouver une place dans la société.

Pour Vo Thi Thu, directrice adjointe du centre, chaque personne qui parvient à trouver sa place dans la société est une source d'espoir.

«Beaucoup ne comprennent pas toujours leurs propres gestes. Notre objectif est d'abord qu'ils deviennent plus autonomes, puis qu'ils apprennent un métier. C'est très difficile, car leurs handicaps sont souvent lourds. Mais récemment, l'un d'entre eux a pu être recruté dans une entreprise de confection. Pour nous, c'est une immense réussite», nous explique-t-elle.

Les classes sont rarement au complet. Les douleurs chroniques et la fragilité physique obligent souvent certains élèves à rester chez eux. Pourtant, les enseignants continuent de noter chaque progrès: un mot mieux prononcé, un geste plus précis, un sourire plus spontané. Ils savent qu'ils ne pourront jamais effacer les séquelles de la guerre. Mais, dans ce centre, ils prouvent chaque jour qu'il est possible d'en alléger le poids.