Le 23 juillet, le Bureau du représentant américain au Commerce avait annoncé l'instauration de ces nouvelles mesures tarifaires, destinées à remplacer le taux provisoire de 10 % précédemment imposé par le président Donald Trump. Depuis le 24 juillet, les 60 économies concernées, parmi lesquelles figurent les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, sont soumises à des droits de douane compris entre 10 % et 12,5 %.
Une nouvelle offensive unilatérale
Selon le Bureau du représentant américain au Commerce, ces nouveaux droits de douane sont instaurés en vertu de la section 301 de la loi sur le commerce de 1974. Washington estime que les 60 économies concernées n'ont «ni instauré ni appliqué de manière effective l'interdiction d'importer des marchandises produites grâce au travail forcé».
Cette mesure constitue l'un des principaux leviers commerciaux mobilisés par le président Donald Trump depuis que la Cour suprême des États-Unis a invalidé, le 20 février dernier, les droits de douane réciproques à portée mondiale instaurés par son administration l'année précédente.
D'après le Bureau du représentant américain au Commerce, un droit de douane de 10 % s'applique désormais aux importations en provenance de plusieurs pays, dont l'Argentine, le Bangladesh, le Royaume-Uni, le Cambodge, le Canada, l'Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, l'Inde, l'Indonésie, la Jordanie, la Malaisie et le Mexique.
S'agissant de l'Union européenne, de Taïwan (Chine), du Japon, de la République de Corée et de la Suisse, les nouveaux droits de douane, cumulés avec le tarif de la nation la plus favorisée (NPF) déjà en vigueur, portent la taxation totale à 10 % ou à 12,5 %, selon les partenaires concernés.
Les 38 autres économies visées sont, quant à elles, soumises à un droit de douane de 12,5 %, notamment la Chine, les Philippines et la Thaïlande.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a certes assuré aux pays ayant conclu un accord commercial avec Washington que ces nouveaux droits de douane ne feraient pas dépasser les plafonds tarifaires convenus.
Mais dans les faits, les mesures annoncées à l'encontre des 60 principaux partenaires commerciaux des États-Unis, qui représentent 99,4 % des importations du pays, risquent d'alimenter une nouvelle escalade des tensions commerciales, voire de fragiliser les accords déjà conclus avec Washington.
«Nous avons conclu un accord avec les États-Unis et nous avons respecté tous nos engagements. Il faut dire que les négociations n'ont pas été simples. Pour nos entreprises, la stabilité et la prévisibilité sont des éléments essentiels. C'est pourquoi elles ont insisté pour qu'un accord soit trouvé et signé dans les meilleurs délais. Car disposer d'une vision claire de l'avenir reste toujours préférable à l'incertitude et au flou sur ce qui nous attend», a déclaré Kaja Kallas, Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Les nouvelles mesures tarifaires américaines ont suscité de vives réactions parmi les pays visés. Les accusations de «travail forcé» avancées par Washington pour justifier ces sanctions sont jugées infondées et peu crédibles par la plupart des partenaires concernés.
“Je tiens à exprimer ma profonde déception face à la décision du Bureau du représentant américain au Commerce d'augmenter les droits de douane sur certains produits australiens exportés vers les États-Unis. Cette décision est injustifiée. L'Australie est l'un des pays les plus engagés dans la lutte contre l'esclavage et les formes modernes d'esclavage. Nous avons toujours pris cette question très au sérieux et nous continuerons à honorer cet engagement”, estime ministre australien du Commerce, Don Farrell.
La stratégie du «vieux vin dans de nouvelles bouteilles»
Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle salve de droits de douane illustre la stratégie du «vieux vin dans de nouvelles bouteilles» adoptée par la Maison Blanche, la section 301 de la loi sur le commerce de 1974 étant de plus en plus utilisée comme un instrument de pression commerciale. L'argument de la lutte contre le travail forcé apparaît ainsi comme un «habillage juridique» permettant, grâce à un mécanisme de réexamen tous les quatre ans, de maintenir durablement des barrières tarifaires.
L’Institut de recherche sur le commerce mondial, basé à New Delhi, et l'Institut des politiques progressistes, à Washington, soulignent que le rapport du Bureau du représentant américain au Commerce ne fournit aucune preuve concrète de violations liées au travail forcé dans chacun des pays visés.
Selon ces deux centres de recherche, cette mesure répond davantage à une logique politique et protectionniste qu'à une réelle préoccupation en matière de droits humains. Les analystes estiment qu'en s'appuyant sur des éléments jugés insuffisamment étayés et en modifiant de manière unilatérale et répétée sa politique commerciale, l'administration américaine accroît les risques pesant sur les accords commerciaux bilatéraux ainsi que sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Une telle approche pourrait également éroder la confiance des partenaires des États-Unis dans la crédibilité et la stabilité de leurs engagements commerciaux.
Un autre point de préoccupation majeur est que, comme lors des précédentes vagues de droits de douane, les mesures prises au titre de la section 301 ne semblent pas profiter à la majorité des entreprises et des consommateurs américains, malgré les efforts de la Maison Blanche pour démontrer le contraire.
«Nous sommes en contact permanent avec les chefs d'entreprise et nous visitons régulièrement des sites industriels dans tout l'État. Tous nous disent la même chose: ce dont ils ont le plus besoin, c'est de stabilité et de prévisibilité pour sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement et planifier leurs investissements. Or, c'est précisément ce qui manque aujourd'hui. L'incertitude qui entoure les politiques commerciales et tarifaires, notamment dans les échanges avec notre voisin canadien, complique leurs décisions au quotidien. Pourtant, cette visibilité est essentielle pour leur permettre de se projeter et d'investir dans l'avenir», explique Glenn Stevens Jr., président de la Chambre de commerce de la région de Detroit, dans l'État du Michigan.
Selon des estimations de la Réserve fédérale de New York (Fed) et de l'Institut des politiques progressistes, plus de 90 % du coût supplémentaire engendré par ces nouveaux droits de douane sera finalement supporté par les consommateurs et les importateurs américains, pour une facture estimée à près de 100 milliards de dollars par an. De quoi alimenter davantage les tensions inflationnistes aux États-Unis.
La Maison Blanche semble d'ailleurs consciente de ce risque. Soucieuse d'en limiter les effets sur les prix, elle a prévu une série d'exemptions dans son nouveau dispositif tarifaire. Les engrais et certains carburants, dont les cours ont fortement augmenté en raison du conflit avec l'Iran, ne sont ainsi pas concernés par ces nouvelles taxes. Plusieurs catégories de produits alimentaires, les automobiles, certains métaux ainsi que les produits pharmaceutiques bénéficient également de cette exemption.
