Le Hêt Cha est né des pratiques rituelles des chamans qui sont à la fois officiants et guérisseurs traditionnels. Autrefois, ces derniers prenaient comme enfants adoptifs les personnes qu’ils avaient soignées. Une fois guéris, ces enfants adoptifs organisaient une cérémonie pour remercier leurs guérisseurs, mais aussi pour rendre grâce aux ancêtres, aux divinités et aux forces de la nature, en priant pour des conditions climatiques favorables et des récoltes abondantes. Issue de la vie communautaire des villages, cette tradition s’est transmise au fil des générations, devenant un symbole de solidarité et de gratitude.
«C’est une fête de remerciement, chez les Thaï. Autrefois, les guérisseurs traditionnels avaient la coutume d’adopter les enfants malades qu’ils avaient soignés. À l’occasion du Nouvel An, ces enfants apportaient des présents, mais faute de temps pour organiser une cérémonie, celle-ci était finalement célébrée plus tard, normalement au deuxième mois lunaire», explique Vi Van Phinh, un Thaï de Son La.
Aujourd’hui, cette pratique a gagné en ampleur pour devenir un festival en raison de la volonté des autorités locales de valoriser une tradition capable d’attirer les touristes. Le moment le plus marquant du festival reste la partie rituelle, empreinte de spiritualité. Dès l’aube, les chamans préparent les offrandes et procèdent aux cérémonies dédiées aux divinités tutélaires, aux esprits et aux ancêtres. Ils annoncent le déroulement du festival et implorent protection et prospérité pour la communauté. Les offrandes (riz, poisson, alcool de riz à boire à la paille et produits locaux) témoignent de la piété et de la gratitude des habitants.
Après les rites, la fête bat son plein avec des jeux traditionnels tels que le lancer de balles d’étoffe et des épreuves d’équilibre. Des concours sont également organisés entre différents groupes d’habitants: allumage du feu, cuisson du poulet ou présentation de la gastronomie thaï. Le festival s’achève par la danse xoe, symbole de convivialité, où habitants et visiteurs se donnent la main dans une ronde festive. Nguyên Van Nam, touriste venu de Hung Yên, a eu l’occasion d’y participer.
«J’ai eu la chance de participer à ce festival à Môc Son, dans la province de Son La. Les costumes traditionnels sont magnifiques, et la cuisine m’a particulièrement impressionné. J’ai goûté des plats que je ne connaissais pas du tout. Si l’occasion se présente, je reviendrai avec plaisir», nous raconte-t-il.
Depuis 2015, le festival Hêt Cha est officiellement reconnu comme patrimoine culturel immatériel national. Cette distinction constitue un levier pour les autorités locales, qui souhaitent faire de cette tradition une attraction majeure de la Zone touristique nationale de Môc Châu, comme nous l’indique Nguyên Quôc Tuyên, vice-président du Comité populaire du quartier de Môc Son, qui fait partie de cette zone.
«Le festival Hêt Cha s’inscrit dans notre stratégie de développement touristique. Cette année, il est organisé à l’échelle du quartier avec la participation de l’ensemble des communautés locales. À l’avenir, nous prévoyons de confier au groupe d’habitation de Na Ang l’organisation annuelle de cette fête, qui sera célébrée tous les trois à cinq ans au niveau du quartier», précise-t-il.
L’édition 2026 s’inscrit également dans une série d’activités touristiques immersives organisées dans l’espace culturel «Couleurs de Môc Son», contribuant à promouvoir un tourisme étroitement lié aux valeurs culturelles locales.
