Que faites-vous de vos objets en plastique à usage unique une fois qu'ils sont utilisés? Vous les jetez dans la nature... ou vous leur donnez une seconde vie pour préserver notre planète?
Beaucoup reconnaissent, sans détour, qu’ils négligent l’importance du recyclage…
«J’aimerais trier, faire la différence entre ce qu’on peut garder et ce qu’on jette vraiment… mais dans la vie de tous les jours, on est pressé. Et du coup, tout part à la poubelle», nous dit une habitante.
Plutôt que de jeter plastiques et déchets recyclables, si vous les conserviez pour les échanger contre des plantes ou des cadeaux fabriqués à partir de matériaux respectueux de l'environnement? C'est en tout cas ce que propose la station de recyclage Ecohouse, fondée à Hanoï par une certaine Tuong Anh. Son espoir: que ce geste, aussi modeste soit-il, fasse boule de neige et ancre peu à peu de nouvelles habitudes au sein de la communauté.
«Au départ, je voulais créer un lieu pour montrer concrètement ce que peut être un mode de vie plus écologique, et comment réduire les déchets plastiques. L’idée de la station est venue comme ça… Ce qui me rend vraiment heureuse, c’est de récupérer des objets qu’on pensait bons à jeter, et de les transformer en quelque chose d’utile: des herbes aromatiques, des semences… des choses qui ont du sens», raconte-t-elle.
Pour certains habitants, l’impact est immédiat. Hang Nga, par exemple, a changé ses habitudes:
«Le plastique met tellement de temps à se décomposer… J’ai cherché des solutions en ligne, j’ai découvert qu’on pouvait recycler, transformer ces matières. C’est comme ça que j’ai trouvé cet endroit. Je trouve la démarche vraiment utile», nous confie-t-elle.
D’autres initiatives vont plus loin en intégrant une dimension incitative. C’est le cas de la station Green, qui mise sur un système de points pour attirer un public plus large, notamment les jeunes. Chaque dépôt de déchets est converti en «points verts», proportionnels à la quantité apportée. Ces points peuvent ensuite être échangés contre des plantes, des graines ou des objets recyclés. En six ans, plus de cinq tonnes de déchets ménagers ont ainsi été collectées et traitées.
À l’origine du projet, Lê Thi Phuong Thao, née en 1993. Autour d’elle, un réseau de 26 bénévoles s’est progressivement constitué.
«Notre particularité, c’est l’application Greenpoint, Les gens apportent leurs déchets, on les transforme en points directement dans l’appli. Ils les accumulent, puis les échangent contre des cadeaux écolos», explique-t-elle.
Nguyên Hà, qui est une citoyenne lambda, y voit un levier concret d’action…
«Aujourd’hui, j’apporte environ 700 billes pour les échanger contre des plantes. Ce type d’initiative est vraiment précieux: ça évite que ces billes finissent par polluer les nappes phréatiques», nous dit-elle.
Pour ceux qui ne souhaitent pas de récompense matérielle, les points peuvent aussi être utilisés autrement: pour financer des projets solidaires, comme la création de bibliothèques scolaires. Une dimension sociale qui contribue au succès croissant de l’initiative.
Mais l’engagement de la jeune génération ne s’arrête pas au tri des déchets. Il s’étend aussi au terrain scientifique.
À l’Université nationale de Hanoï, un groupe d’étudiants a lancé un projet original: produire de l’électricité à partir de marc de café. À l’origine de l’idée, une observation venue du Japon. Nguyên Minh Trang, membre du projet, se souvient…
«Au Japon, des chercheurs travaillent sur la production d’énergie à partir de marc de thé matcha. On s’est dit: pourquoi ne pas essayer avec du marc de café?», nous explique-t-elle.
Le principe repose sur l’action de micro-organismes, capables de décomposer la matière organique et de générer un courant électrique, sans gaz toxique ni résidu dangereux. Résultat: une pile biodégradable à 95%.
Le projet a remporté le premier prix du concours Startup 2025, ouvrant des perspectives au-delà du laboratoire. Les étudiants interviennent désormais dans les écoles pour sensibiliser les plus jeunes: apprendre à trier, expérimenter, produire soi-même de l’énergie.
À travers ces initiatives, une même idée se dessine: l’écologie ne se décrète pas seulement à grande échelle. Elle se construit aussi, patiemment, dans les gestes du quotidien - et dans l’inventivité d’une jeunesse bien décidée à faire autrement.
