Avec sa texture douce, chatoyante et luxueuse, le velours a longtemps été associé aux élites. Jadis difficile à produire, ce tissu était réservé aux classes privilégiées. Aujourd’hui encore, il souffre parfois d’une image vieillissante, et il est jugé peu adapté hors saison hivernale. Pourtant, grâce à la broderie artisanale et à une sélection plus audacieuse des matières, le velours connaît un véritable renouveau. Nguyên Thanh Tâm, une créatrice de mode, en a fait sa spécialité.

«Autrefois, l’ao dài en velours brodé à la main s’adressait surtout aux femmes d’âge mûr, avec une image assez classique. Aujourd’hui, nous proposons des robes, des ao dài et d’autres pièces plus contemporaines, avec des motifs plus jeunes et plus créatifs. Nous intégrons des thèmes culturels vietnamiens, des thèmes du patrimoine: non seulement le lotus, mais aussi des motifs de la dynastie Nguyên ou des sites emblématiques de Hanoï comme le Temple de la Littérature, le temple Ngoc Son ou les marchés aux fleurs», nous explique-t-elle.

Pour insuffler un esprit contemporain à ce matériau traditionnel, les artisans brodeurs explorent sans cesse de nouvelles voies. Sous leurs gestes précis, les fils donnent vie à des fleurs éclatantes, à des scènes inspirées des estampes de Hàng Trông ou encore à des paysages de montagnes et de rizières en terrasses baignées de lumière dorée.

C’est un travail exigeant, nous affirme l’artisane Nguyên Thi Tuyêt, forte de ses vingt années d’expérience.

«Le choix du fil est une étape essentielle. Il faut d’abord concevoir le motif et harmoniser les couleurs avant de passer à l’exécution. Les teintes sont aussi adaptées à l’âge de la personne qui portera le vêtement: plus vives pour les jeunes, plus sobres pour les personnes plus âgées. Le velours est une matière très délicate, la moindre erreur laisse une trace irréversible. La tension du tissu sur le cadre est cruciale, sinon la pièce se déforme. La broderie sur velours est bien plus difficile que la broderie sur d’autres tissus, car on ne peut pas corriger une erreur», souligne-t-elle.

Broder sur velours suppose en effet une véritable dextérité. Le tissu, facilement déformable et sensible, exige un contrôle précis du geste, de la tension du fil et de la pression de l’aiguille. Chaque point traduit à la fois une maîtrise technique et une grande patience, comme nous l’indique Nguyên Tho Tho, une jeune créatrice.

«La surface du velours est composée de fibres très fines qui absorbent le fil. Pour faire apparaître un motif, il faut ainsi repasser plusieurs fois au même endroit. Sur ce tissu, il faut parfois trois à quatre passages pour qu’un point devienne visible. L’artisan doit parfaitement connaître la matière pour obtenir un rendu net, sans plis ni déformation», explique-t-elle.

Symbole de l’élégance vietnamienne, l’ao dài en velours brodé incarne une esthétique à la fois classique et renouvelée. Contrairement aux modèles unis, il séduit par la richesse et la singularité de ses motifs.

Aujourd’hui, les créateurs déclinent ce savoir-faire sur des pièces plus variées et adaptées à la vie quotidienne: robes, étoles, sacs ou accessoires en velours, ornés de broderies raffinées. Vu Thi Huong Giang, responsable de la boutique Tiêm Tho:

«Les motifs brodés ne sont pas seulement décoratifs, ils reflètent aussi le style et la personnalité de celle qui les porte. Les figures comme le dragon, le phénix ou la licorne sont privilégiées lors d’événements formels, tandis que les motifs floraux ou naturels conviennent davantage au quotidien. La broderie doit être parfaitement exécutée. Les points doivent être fluides, sans froisser ni déformer le tissu», nous dit Vu Thi Huong Giang, responsable de la boutique Tiêm Tho.

À l’heure où les produits industriels dominent le marché, la broderie à la main sur velours conserve une place à part, grâce à son caractère unique et à la valeur irremplaçable du geste artisanal. À travers chaque pièce, c’est non seulement la finesse du travail et la noblesse du matériau qui s’expriment, mais aussi une forme de fierté, celle de contribuer à la préservation d’un patrimoine culturel précieux, menacé par le temps.