À la patinoire de Royal City, à Hanoï, la championne française prend sous son aile une vingtaine de jeunes patineurs vietnamiens. Certains sont déjà engagés en compétition. D'autres font leurs premiers pas sur la glace. Certains ont à peine cinq ou six ans.

Elle observe, corrige, encourage…

Un geste repris, une chute accompagnée, une main tendue.
La transmission passe par le détail, par l’attention, par une exigence discrète. Pour ces jeunes, l’instant a valeur d’événement. Lê Hoàng Huong Linh, membre de l’équipe de patinage de Hanoï:

«Franchement, je n’aurais jamais imaginé pouvoir un jour m’entraîner avec Surya Bonaly. C’est une star, une vraie légende du patinage artistique. Il y a une figure qu’elle fait, le salto arrière, je ne l’avais vue que sur les réseaux… alors la rencontrer, et en plus apprendre directement avec elle, c’est un immense honneur pour moi. »

Au-delà de la technique, c’est une projection qui s’ouvre.

-«Aujourd’hui, je suis vraiment très contente d’être venue m’entraîner ici. Elle patine tellement bien… et elle m’a appris plein de nouveaux mouvements.», confie une jeune patineuse.

-«Pour moi, c’est une expérience totalement nouvelle. Je débute à peine, mais elle m’a montré comment bien s’échauffer. Elle est très professionnelle. Cette rencontre m’a vraiment donné envie de continuer ce sport sur le long terme.», partage une autre.

Surya Bonaly, elle, transmet aujourd’hui ce que des années de carrière lui ont appris:

«Je fais des séminaires dans le monde entier. Je vais en Norvège, je vais au Danemark, je vais au Mexique pour faire professeur et entraîner. Des fois, je viens une semaine ou deux semaines pour donner des cours. Alors, je me dis peut-être que si je viens au Vietnam et peut-être un jour, je reviendrai et je pourrai aider. Et c'est vrai qu'on n'entend pas parler des patineurs vietnamiens dans le monde du patinage. J’ai patiné pendant de longues années jusqu'à mes 40 ans, 41 ans j'ai continué à faire des spectacles dans le monde entier et j'ai pu acquérir beaucoup d'expériences et donc maintenant j'essaye de pouvoir transférer mon savoir et donner envie à la nouvelle génération. »

Pendant une heure, pas de triples axels ni de quadruples sauts. Les gestes transmis sont simples, fondamentaux. Mais leur valeur est immense.

Lê Bùi Thanh Hang, médaillée d’argent aux championnats nationaux juniors et entraîneuse maintenant:

«À chaque fois que des entraîneurs comme elle viennent, les élèves progressent très vite. Ce n’est pas seulement ce qu’elle explique, c’est surtout le fait de voir une athlète de ce niveau patiner, de ressentir sa vitesse, sa fluidité. Et puis elle observe très bien chaque élève, elle comprend tout de suite leur niveau et adapte ses exercices, même en très peu de temps. »

L’événement est organisé par l’Institut Français du Vietnam, en partenariat avec la Fédération vietnamienne de roller et de patinage. Pour Trinh Thi Trang, secrétaire générale de la Fédération vietnamienne de roller et de patinage, cette venue est une opportunité rare:

«La présence de Surya Bonaly permet non seulement d’améliorer le niveau technique, mais aussi de transmettre une forte inspiration. C’est une étape concrète pour renforcer la coopération internationale et rapprocher le patinage artistique vietnamien du niveau régional et mondial.», dit-elle.

Car au Vietnam, le patinage artistique reste un sport confidentiel. Manque d'infrastructures, peu d'heures de glace, rares confrontations internationales. Surya Bonaly ne l'ignore pas:

«C'est chouette d'avoir une passion, après c'est vrai que quand on veut être champion, pour aller progresser, il faut vraiment essayer d'avoir une vraie patinoire à soi. Parce qu'une patinoire dans un mall, c'est difficile parce que les heures ne sont pas pratiques. Quand on patine dans une vraie patinoire avec beaucoup d'heures disponibles pour un champion, pour être si possible progressé et avoir de l'avenir, il faut beaucoup d'heures d'entraînement. Et souvent, c'est ça, en Amérique, pourquoi les Américains progressent beaucoup, c'est qu'ils ont énormément de patinoires privés, bien sûr, et des patinoires qui donnent beaucoup d'heures. Et donc certains élèves s'entraînent 5-6 heures par jour. C'est ça qui fait la différence avec les autres pays», explique-t-elle.

Et ses mots aux jeunes patineurs sont simples:

«Déjà ne jamais abandonner, never give up, et puis continuer à se faire plaisir sur la glace, et si possible de progresser en fonction, avec une technique qui soit correcte, quand on a une mauvaise technique c'est difficile de progresser bien sûr, donc j'espère qu'ils auront un bon prof ici, comme ça ça leur permettra de continuer à progresser, et aimer le sport qu'ils font. On ne reste pas trop d'années à faire la même chose. Du feu, de l'énergie et de la spontanéité, beaucoup de passion et montrer qu'on a envie. C'est tout ce qu'on demande en tant que coach et puis ça se ressent sur la glasse comme des enfants patinent.»

Après la séance, l'émotion se prolonge au bord de la glace. Les jeunes patineurs offrent à Surya Bonaly quelques présents, modestes mais sincères.

Souriante, elle prend le temps de signer des autographes — pour chaque élève, chaque passionné venu à sa rencontre. Qui sait ? Un jour, peut-être, le Vietnam comptera parmi ces noms qui brillent sur la scène internationale du patinage artistique.